Conseils pour une première traversée vers la Corse

Conseils pour une première traversée vers la Corse

Posté par : Jean
28 Octobre 2014 à 22h
Dernière mise à jour 09 Janvier 2015 à 12h
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Comment appréhender sa première traversée vers la Corse, voilà un sujet qui revient souvent dans les forums. Les internautes navigateurs sont alors nombreux pour donner des conseils aux débutants. Chacun y va de ses mises en garde, de ses expériences. Alors pourquoi pas moi ? 

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le premier lever du jour en pleine mer

C'est souvent une étape que l'on franchit avec une certaine appréhension. « L'épreuve » de la première nuit en mer en tant que skipper. Cette appréhension est savamment entretenue par ceux qui l'ont déjà fait.

Il y a maintenant une dizaine d'année que j'ai franchi « l'épreuve initiatique ».

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papillon bleu et kradok II il y a maintenant 10 ans

C'était sur « Papillon Bleu », un gibsea 76, le premier bateau des deux captains Kradok.

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Départ pour la Corse de Kradok I, Marie-Hélène et Florent

Mon expérience de la mer et du large se limitait alors à quelques week-end de location et à une semaine de stage avec le regretté Gilles Barbanson. Une semaine au mois de février où nous avions navigué de Hyères à Saint-Raphaël avec tous les jours un bon force 7.

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semaine musclée avec Gilles Barbanson

-Gilles Barbanson a écrit un excellent livre « bien naviguer, mieux connaître son voilier », que je te recommande. Beaucoup moins lourd que le cours des Glénans, plus facile d'accès, et plus adapté à la croisière côtière-

Après ce stage, je pensais tout savoir et plus rien ne m'effrayait. Jusqu’au jour de ma première sortie en tant que skipper sur « Papillon Bleu ». Le force 5 de ce jour là m'a remis la tête sur les épaules.

Puis rapidement, ce fut la Corse, avec toutes les galères de l’apprenti navigateur. Je ne les raconterai pas ici. Tu en auras aussi. Ou si tu as déjà un peu navigué, tu les as eues aussi.

Je me contenterai d'en venir au fait, les conseils essentiels pour t'aider à réussir cette première traversée.

D'après moi, voici les bases pour se lancer :

Premier conseil : apprendre d'abord à naviguer en croisière côtière

Lors de mon stage avec Gilles Barbanson, je voulais me lancer direct avec lui dans une traversée, ce qui me paraissait le plus difficile. Il me l'a déconseillé. Apprendre les manœuvres de ports, le mouillage, la marche du voilier avec le vent et la mer, tout cela se fait en croisière côtière. Au large, il y a beaucoup moins d'activité, voire de stress à bord. On entend souvent dire que le danger pour le marin, ce n'est pas la mer, c'est la côte !

C'est l'apprentissage de la croisière côtière qui fera que ton séjour en Corse sera réussi.

Deuxième conseil : partir avec une bonne fenêtre météo... et du gasoil

Pour cette première traversée, ne pas avoir peur de faire du moteur. Des navigateurs conseillent de partir sur une « queue de mistral », c'est à dire lorsque le mistral commence ou va commencer à faiblir. Je ne le conseillerais pas pour une première traversée. Il y aura alors beaucoup de houle et les organismes peu amarinés n'y résisteront pas.

Et évidemment, surtout, ne pas partir par vent d'est, cela va être encore pire.

Il faut choisir un temps calme et bien établi pour cette première traversée.

En été, tu trouvera alors au large le calme plat. Pas de brises thermiques évidemment. C'est magnifique, mais il faut amener suffisamment de gas-oil pour la traversée.

Pour consulter le bulletin météo, il y a bien la météo marine de Météo-France. Pour cette traversée, je préfère regarder la météo sur le site de Lamma. Je la complète en regardant plusieurs météos et en chargeant sur mon ordinateur les fichiers GRIB récupéré à partir du programme gratuit ZYGRIB.

Je passe souvent une première nuit au mouillage de l'anse de Port Man, sur l'île de Port Cros, avant la traversée. Cela permet à l'équipage, et au capitaine, de mieux s'amariner. Cette baie magnifique, c'est déjà les vacances. Un départ au matin permet ensuite de découvrir la Corse au petit matin, ou bien dans l 'après midi si le vent est là mais un peu molichon.

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Mouillage à Port Man, c'est déjà les vacances...

Troisième conseil : bien gérer sa première nuit en mer.

Il y a beaucoup de trafic entre Corse et continent. La nuit, il est plus difficile d'évaluer les distances, la vitesse et la taille des cargos et des ferries. Les feux de navigation ne sont pas toujours faciles à décrypter et les ferries ressemblent souvent à des sapins de noël où il est difficile de distinger le vert et le rouge. Nous n'en sommes plus à la navigation astronomique. Le GPS est devenu un indispensable du bord qui te rassurera sur ton point d'arrivée en Corse. L'AIS, même uniquement en récepteur te permet lui de te situer et éventuellement d'éviter cargos et ferry. C'est le top !

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Pas se dégonfler, on est prioritaire ?

Partir par pleine lune est l'idéal, on y voit comme en plein jour.

Dans la nuit, une des plus grandes catastrophes, c'est l'homme à la mer. Cela arrive plutôt quand on prend confiance. Les premières nuits on fait très attention à cela. Gilet, flash light et pas de pipi à l'arrière du bateau. Consigne est passée à l'équipage de ne pas sortir du cockpit.

Il faut s'en tenir aux horaires de quart et ne pas essayer de veiller à tout prix : l'équipier qui dit qu'il ne va pas dormir pour cette nuit, s'endort vers 3 ou 4 heures du matin comme une masse !

C'est sans doute le plus flippant, cette première nuit en mer, mais cela ne va pas être le plus difficile. Cela va même être une grande sensation de bonheur. Se retrouver seul au milieu de nulle part, avec une belle nuit étoilée, comme on n'en voit plus sur nos côtes...

pour tout savoir ou presque : le hors série voiles et voiliers naviguer de nuit. Le numéro contient un chapitre sur cette traversée. (les quarts, les feux,l'organisation de la nuit à bord)

ou bien 

réussir votre traversée, du même éditeur ?

Dernier conseil mais sans doute le plus important : repenser à tous les conseils pour le retour

Les vacances en voilier en Corse, malgré l'agitation des mois de juillet et août sont un vrai régal. Tu veux profiter au maximun de ces si belles vacances et attends le dernier moment pour partir. Tu es maintenant plus sûr de toi et cette traversée finalement si facile et si agréable par beau temps ne t'angoisse plus. Dans le bonheur de ces instants, tu retardes ton départ au maximum... jusqu'au dernier moment.

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le plaisir du mouillage en Corse

La météo n'annonce pas de bonnes nouvelles mais il vous faut absolument rentrer travailler. C'est là que les difficultés vont commencer. Le mistral te cueille, toi et ton équipage au milieu de la traversée. On n'en meurt pas , mais il en reste une belle frousse, et des estomacs retournés. On finit au mieux entre Nice et Cavalaire au lieu de finir à Bandol.
Mais tous les marins sont passés par là un jour ou l'autre.

C'est également au retour que l'on part rapidement en pensant qu'il y a suffisamment de gas-oil dans le réservoir.

Pour éviter cela, il faut regarder la météo qui est maintenant de plus en plus fiable et qui annonce les coups de vent quasiment une semaine à l'avance, avec une assez bonne précision.

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Un retour venté dont on se souvient encore, avec Dédé et Alain,

Si avec cette météo, tu ne peux ou ne veux pas rentrer, laisse le bateau en Corse, rentre en ferry et revient le chercher le week-end suivant ou le week-end d'après. Il ne faut qu'une nuit en ferry pour l'aller et 24 heures de mer pour le retour.

Un hiver encore pour rêver à cela ...
Sort chaque fois que tu le peux cet hiver. Apprends les mouillages et les entrées de port. Fais marcher ton bateau à la voile. Fais des sorties sur d'autres bateaux et regarde les capitaines, plus ou moins expérimentés... oublie leurs tics et leurs manies et observe leur façon de naviguer.

 

Je m'y revoie encore. Peut être un jour, il faudra que je raconte mes premières traversées vers la Corse et retour... ça te rassurerait : malgré toutes les bêtises faites( au bout d'un certain temps on croit les avoir toutes faites, mais il y en a toujours des nouvelles), le bateau est toujours à flot !  

Super article Jean Merci pour tous ses conseils et anecdotes

Jean ton analyse est parfaite, manque toutes les galères!!!! moteur en panne,plus de gasoil,et plus de vent pendant la traversée.voiles déchirés pas de réparation possible. entrée de port à la voile, réparation moteur à Ajaccio pièces sur le quai plus de mécano, pas de remontage!!! gros gros gros coup de vent! bien suivre l'évolution du baromètre. trois jour de tempête au port ok, dans un mouillage avec deux encres à surveiller toutes les nuits, sinon échouage et cailloux. les cailloux sur les cotes corse! merci maxsea et tablette. Le nombre de voiliers qui laissent un bout de quille est impressionnant. plus de gasoil,grosse pétole deux jour au large sans moteur à attendre le vent. Avant en corse l’accueil était une tradition, j'ai retrouvé cela cette année dans l'anse de furnello, merci LUCIEN 83 ans bon pied bon œil,merci PIERRE de porto polo, merci STEPHANE de st florent, excusez moi pour ceux et celle que je ne site pas! mais arrivé à Calvi l'été, Bonifaccio, le pire Porto vecchio!!! Littéralement chassé par un chef de port indigne d'habiter cette endroit magnifique. J'ai fait ma première traversée corse en 1979 sur un trident 80, pas de gps, pas d'AIS la carte la règle la gonio!!! de nos jours,le confort des bateaux, la technique et la sécurité sont au top,cela nous permet d'aller plus loin, plus longtemps, mais les conséquences d'une galère sont toujours aussi grave, mais quel plaisir de naviguer!!!!!!!

La panne de gasoil,ça a été une bénédiction au retour de st florent, une baleine nous a attendu le long du voilier, j'ai observé la première chasse d'une centaine de dauphins à 200 mètres du voilier. Je pense que l'on partage le même plaisir de la navigation, je me souviens régulièrement de ces traversés avec mon père sur notre petit voilier sans aucun confort. Seul conseille que j'ai testé, ne pas faire d’excès de confiance en mer, c'est très dangereux. oui pro déclaré mais avoir choisie d'enseigner l'éducation maritime,pour essayé de vivre de sa passion! je me régale à lire les aventures de captainkradok, merci à toi.

j'hère depuis des mois entre les différents commentaires et discutions concernant cette fameuse traversée vers la Corse. Il y a de tout et du grand n'importe quoi dont on peut en général retirer qu'une telle épopée n'est envisageable qu'avec un beau voilier d'au moins 12 mètres, suréquipé de tous les bitonios électronique coûteux et dernier cris ainsi que muni d'une expérience de quelques "Vendée Globe" à son actif... Donc merci, merci beaucoup ! J'envisage maintenant cette traversée avec mon petit 7,37 m avec beaucoup plus de sérénité et muni principalement de l'élément à mon avis le plus indispensable pour ce genre de petite aventure: du bon sens...

Vincent, merci pour ce commentaire sympa. C'est bien là l'objet de ce billet : donner envie de se lancer dans cette première aventure, qui va certainement en amener beaucoup d'autres. C'est en tout cas ce que je te souhaite ! Ces traversées vers la Corse, cela a été le début des aventures des captain Kradok. Bon vent à toi !

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