les conseils du pêcheur, ou comment agrémenter le quotidien pendant les traversées en voilier

les conseils du pêcheur, ou comment agrémenter le quotidien pendant les traversées en voilier

Posté par : Jean
23 Décembre 2017 à 17h
Dernière mise à jour 24 Octobre 2018 à 09h
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Depuis le billet pour savoir « comment prendre son premier gros poisson » publié en 2013, mes talents de pêcheur à la traîne se sont un peu améliorés. Après quelques exploits halieutiques, malheureusement trop rares, je ramène ma science pour quelques amis marins encore moins expérimentés que moi. En général, cela n’est pas très efficace. J’oublie toujours quelques détails fondamentaux. Pour que ces amis ne croient pas que l’oubli est délibéré, j’essaie ici d’être plus exhaustif. (mention spéciale pour Kradok I, qui je pense fait vraiment exprès de pas vouloir sortir du poisson).

Thon blanc pêché en été en méditerranée  

Ce n’est pas réellement de la pêche sportive au gros tel que l’on peut la pratiquer depuis un bateau moteur. Il sera à mon avis difficile de sortir un poisson de plus de 60 kilos.

Mais c’est un vrai plaisir que de pouvoir profiter de sa pêche au cours des traversées tranquilles.

 

Où et quand pêcher ?

Je pêche au large, lors des traversées. J’ai rarement attrapé de belles prises à moins de cinq miles des côtes. En général, les endroits au bord des fosses marines sont plutôt de bons endroits. Par exemple sur le trajet Corse Continent, c’est rare de ne rien attraper entre 10 et 20 miles au large de l’île du Levant.

Le lever et le coucher de soleil sont des moments favorables. Mais on peut attraper du poisson à toute heure de la journée. Il est possible pêcher la nuit, avec la lune. Je ne le conseille pas. La remontée du poisson est un moment à la fois excitant et délicat où l’on peut passer par dessus bord. De nuit cela va être un problème.

Il est conseillé de traîner en direction du soleil, le poisson a le soleil de face et voit moins bien le dispositif de pêche. Mais on fait ce que l’on peut, et un des objectif du voyage, c’est quand même arriver à bon port.

Quel matériel ?

- Le fil :

j’ai d’abord traîné avec de la tresse, qui a ses partisans. Je n’utilise plus aujourd’hui que du fil nylon. Comme je n’aime pas beaucoup perdre un beau poisson à cause du fil qui casse, j’utilise du fil 100/100ème. Je fais le minimum de nœuds : je n’utilise pas de bas de ligne. Le même fil de 100/100ème fait office de bas de ligne. Je raccourcis régulièrement ce bas de ligne. C’est à cet endroit que le fil a tendance à s’user. Il ne faut donc pas hésiter à refaire le nœud du rapala et à raccourcir ce fil d’un mètre dès que l’on a un doute, c’est à dire souvent.

On peut utiliser un bas de ligne en acier (corde à piano de petit diamètre) pour les eaux chaudes des Antilles. Dans ces eaux chaudes on trouve barracuda et thazards de bonne taille qui coupent facilement un bas de ligne nylon. La ligne Nylon est beaucoup plus discrète dans l’eau que le bas de ligne en acier. Chaque fois que possible, j’évite donc le bas de ligne en acier pour n’utiliser que le nylon de bon diamètre. Le thon et l’Espadon ont une bonne vue, mais pas de dents coupantes. La coryphène est moins regardante mais n’a pas de dents coupantes non plus.

- Le moulinet :

mes premiers moulinets ont été des moulinets de traîne côtière à petits prix. J’utilise maintenant les gros moulinets de pêche au gros. Ils sont certes très chers à l’achat, mais les petits moulinets sont inutiles. Avec du fil 100/100ème, ils contiennent très peu de fil. Avec une grosse prise, Il faut laisser le poisson se fatiguer en prenant beaucoup de fil. On arrivera rapidement au bout du fil avec le petit moulinet et ce fil va casser à l’un des deux bouts. A mon avis, il vaut mieux ne pas avoir de moulinet du tout qu’un petit moulinet Dans ce cas, c’est un tendeur élastique entre un taquet du bateau et le fil qui permettra d’éviter les « à coup » sur le fil. Je reviendrais sur cette technique.

Un bon moulinet.

Tendeur   à l'arrière d'un bateau de régate, du matériel léger.

Pour les gros moulinets, le frein est dès le départ bloqué fortement, pour ne laisser dévider le fil que lorsque le poisson tire très fort.

La canne et le moulinet sont en place, mer  très calme,

- La canne à pêche :

une canne courte et solide de pêche au gros, avec un support qui s’adapte dans le balcon. Le support de canne inox peut être remplacé par un bout de tuyau PVC fixé dans le balcon avec des colliers rislan et du greytape.

Enfin, essentiel, il faut une garcette solide d’un à deux mètres pour attacher la canne à pêche au bateau et éviter ainsi de la perdre avec son moulinet. (cela m’est déjà arrivé de nuit quand je pêchais avec les petits moulinets de traîne côtière...)

- La gaffe :

Sortir un beau poisson de l’eau sans cette gaffe relève de l’exploit. J’ai fabriqué ma première gaffe, mais j’ai maintenant opté pour une gaffe du commerce, plus légère et qui se replie en coulissant.

- Le baudrier :

inutile, à mon avis, sur un voilier. Je n’arrive pas à utiliser le baudrier comme on peut le voir sur les films de pêche au gros, avec un bateau à moteur. Le portique du voilier gêne pour cela.  La technique que j'utilise pour remonter le poisson est  développée un peu plus loin dans le texte.

- les appâts :

je ne pêche qu’avec des leurres, poissons nageurs ou poulpes.

Comment choisir ?

 - Le poisson nageur : il en existe de toutes sortes dans les magasins de pêche. Ma préférence va vers les poissons nageurs de marque « rapala », en particulier ceux avec la bavette métallique. Plus le rapala est gros, plus il supporte des vitesses de traîne élevées. Théoriquement, on peut traîner entre 4 et 9 nœuds. Mais à 8 ou 9 nœuds, je dois être attentif à la navigation et la mer est en général agitée.

Rapala "malboro"

En traîne côtière, on utilise des petits rapalas que l’on traîne à 2 ou 3 nœuds.

petit   rapala pour petits poissons, 

Penser à refaire le nœud du rapala au moins chaque jour. Le fil a tendance à s’abîmer, soit contre la bavette, soit avec les hameçons. C’est pour cela que je n’utilise pas de bas de lignes et que je raccoucis régulièrement le fil et refait le nœud de l’appat.

On est souvent surpris par la taille des poissons qui attaquent un gros rapala. La taille du rapala n’est pas un obstacle à la pêche. Il m’est arrivé d’attraper des poissons qui ne faisaient pas quatre fois la taille du rapala.

J’utilise en général des rapalas de 13 à 20 centimètres.

- Le poulpe : il en existe également de toutes sortes. Je prends en général des « siffleurs ». Ils ont quelques trous qui font des turbulences dans le courant et cela attirerait le poisson ?

Un super poulpe pour la coryphène,  il reprend les couleurs du  poisson.

Il est possible de les fabriquer. Cela peut même être amusant d’en faire avec des matériaux de récupérations : vieux gants en caoutchouc, plumes, bouts de ficelles…

le montage du poulpe en images :

           

             

     

Le noeud a son importance. Pour relier tous les leurres au fil, j'utilise le  noeud de pendu.   J'utilise très rarement des émerillons.

le noeud de pendu source lapecheenligne.com

quel leurre choisir ?

sur

Un vrai bateau pour la pêche...

Pour le thon  ou la bonite, le rapala va très très bien, même si les leurres siffleurs conviennent également.

La daurade coryphène est très très vorace, elle doit mordre à peu près à tout.

Pour l’espadon, uniquement des poulpes traînés à grande distance du bateau.

Pour les maquereaux, pêchés plus près des côtes, une cuillère en inox précédée de quelques plumes. On trouve des montages dans le commerce qui marchent très bien.

Les hameçons : J’utilise des hameçons triples pour les rapalas. Lorsqu’ils rouillent, je les change. Il faut alors prendre des hameçons solides. Certains hameçons ont tendance à s’ouvrir sous la charge puissante du poisson.

Les   hameçons   non montés (ceux de gauche) sont trop fragiles.

Pour les leurres type poulpes, j’utilise de gros hameçons doubles.

Il faut toujours veiller à ce que la pointe et l’ardillon soient bien aiguisés. On peut utilser pour cela une lime fine et du papier de verre.

Pas d'hameçon rouillé...   les poissons préfèrent   les inox bien brillants !

Par temps clair, leurre clair, par temps sombre leurre sombre.

les différentes phases  de la pêche :

en fonction du temps, choix des leurres et du nombre de lignes que l’on va mettre en place :

temps calme bien établi, on peut sortir le maximun de lignes : deux rapala (entre 25 mètres et 35 mètres de l’arrière du bateau environ) et un leurre siffleur, au milieu, si possible, avec très peu de fil, 15 mètres.

On placera les leurres en fonction du vent : le leurre siffleur est sous le vent, il dérive plus que les rapalas.

Autre règle, les leurres qui plongent le plus, le plus près du bateau, les leurres le plus près de la surface le plus loin. Cela évite que les lignes se croisent et s’emmêlent.

Distance de traîne : pas besoin de mettre la ligne très loin, 20 mètres c’est souvent bien suffisant pour le thon et les coryphènes. C’est par contre largement insuffisant pour l’espadon où l’on doit traîner loin du bateau (jusqu’à 100 mètres paraît il mais je ne suis pas très fort pour la pêche de l’espadon)

Jusqu'à une vingtaine de lignes  sur ce bateau de pêche sportive, pour créer un effet de banc de poisson.

quelques éléments importants :

Il faut évidemment éviter les virements de bord pour ne pas emmêler les lignes !

Ne pas accrocher d’algues ou de plastiques dans le leurre. Pour le plastique en général volumineux, on s’en aperçoit assez vite. Pour l’algue, c’est plus délicat. Un petit bout d’algue sur le leurre, et le poisson ne mord plus du tout.

Si en méditerranée le plastique est courant, les sargasses, aux Antilles et pendant certaines période de traversée de l’Atlantique, rendent la pêche à la traîne quasi impossible.

la nage du rapala : 

Un rapala qui remonte à la surface ou qui saute, et c’est au bout de très peu de temps, une ligne complètement vrillée et inutilisable. On peut essayer de corriger cela en redressant méticuleusement la bavette inox du rapala… ou en changeant de rapala. Surtout ne pas insister avec un rapala qui ne veut pas plonger et nager correctement. Il faut surveiller cela très régulièrement à l’arrière du bateau. C’est de loin la cause la plus fréquente d’échecs et de découragement du nouveau pêcheur. Pour cette raison, la pêche avec le poulpe est plus tranquille. Peu de risque que la ligne se vrille.

L’action de pêche :

la touche

sur la canne à pêche, c’est le moulinet qui se met à chanter en dévidant plus ou moins rapidement le fil en fonction du poids du poisson.

Sur la ligne sans moulinet ni canne à pêche, c’est le tendeur qui s’étire. Il faut penser à le regarder de temps en temps !

Sur le moulinet, le fil se dévide d’autant plus rapidement que le poisson est gros. Pour un poisson de cinq kilo environ, avec un gros moulinet, on entendra juste un sifflement puis la canne sera tendue comme un arc. Avec un poisson de plus de 10 kilos, le moulinet continue de se dévider.

Ramener le poisson

Pas d’affolement et surtout pas d’urgence, il faut être patient. Il faut ralentir un peu le bateau pour que le fil se déroule un peu moins vite dans le moulinet, puis ne se déroule plus du tout. Il faut toutefois garder assez de vitesse pour la ligne reste toujours tendue. Cet élément est très important : si le fil de pêche n’est pas tendu, le poisson va en profiter pour mettre un grand coup dans la ligne et va la casser.

A l’inverse, ne pas mettre trop de tension non plus dans cette ligne pour ne pas trop tirer sur l’hameçon dans la bouche du poisson. Il faut donc bien ajuster la vitesse du bateau.

Dans cette première phase, une fois la vitesse du bateau réglée, on laisse le poisson, encore plein d’énergie se fatiguer. On en profite pour aller récupérer les gants et la gaffe.

Cela c’est si le poisson n’est pas très gros.

Si le poisson dépasse 30 kilos environ, il va falloir laisser filer le fil sur le moulinet quand le poisson tire et le reprendre rapidement à la main(avec les gants) avec une autre personne qui reprend le mou au moulinet quand le poisson se repose.

Je reprends le fil à la main, avec de solides gants de jardinier, ceux que j’utilise pour le guindeau. Un des équipiers suit au moulinet pour reprendre le fil au fur et à mesure que le poisson s’approche du bateau. Je relâche le fil chaque fois que le poisson remet de la pression sur le fil. Je laisse alors le moulinet travailler et le fil se dévider tant que le poisson tire fort. Je reprends du fil quand le poisson reprend son souffle. (Contrairement à ce que l’on peut quelquefois croire, le poisson a du souffle. En tout cas beaucoup plus que moi.) C’est valable toujours pour un poisson au dessus de cinq kilos. En dessous, il est possible de le sortir rapidement sans se poser de question. Plus le poisson est gros, plus il va mettre du temps à se fatiguer. Une à deux heures pour un poisson entre 30 et 50 kilos, c’est un temps qui n’est pas anormal. L’erreur, c’est toujours de vouloir sortir le poisson trop vite.

 

 

extrait de   "la pêche à la traîne dans les îles du pacifique", commission du Pacifique sud, 1993

Un gros thon qui se fatigue....

Plus le poisson est gros et plus il faut le fatiguer. En général, quand le poisson arrive pour la première fois à l’arrière du bateau, il reprend de la vigueur, il ne faut pas hésiter à le laisser reprendre du fil pour le fatiguer encore. Les départs du poisson à l’arrière du bateau seront de moins en moins fort.

Sortie de l’eau :

Il faut être particulièrement rapide une fois que la gaffe a été piquée sous le poisson. On tire fort le poisson en le jetant dans le cockpit, que les équipiers auront évacué, sous peine de recevoir le poisson sur eux et même pire, de se faire attraper par l’hameçon.

Pour un poisson jusqu’à cinq kilos, pas besoin de gaffe. On tire brusquement le poisson à l’intérieur du cockpit par le fil de 100/100ème, assez solide pour cela. Au delà de cinq kilos, une gaffe est indispensable. Si le poisson est vraiment trop gros pour le sortir seulement avec la gaffe, essayer de passer un bout avec un nœud coulant autour du poisson pour le sortir de l’eau.

Une fois le poisson dans le cockpit, on l’attache rapidement par la queue avec un bout et un nœud coulant.

On l’achève avec la manivelle de winch qui sert de gourdin. C’est sanglant…

On peut aussi mettre du Rhum sur les branchies, ce n’est sûrement pas moins cruel !

Il faut surtout lui enlever dès qu’il bouge un peu moins l’hameçon de la bouche avant que quelqu’un ne se blesse. On utilise pour cela un pince multiprise qui a l’avantage de laisser un peu de distance entre les mains et l’hameçon.

Il reste ensuite à vider le poisson de son sang, de ses viscères et de ses branchies. Je vous évite   la photo du sang   dans le bateau !

Pour mettre un peu moins de sang dans le bateau, j’essaie de suspendre le poisson au portique pour le vider de son sang. De toute façon il y aura beaucoup de nettoyage du bateau par la suite.

la   bête sur le portique.

La découpe peut ensuite avoir lieu pour mettre la bête à la dimension du frigo… voire des boites de conserves que l’on peut stériliser à la cocotte minute.

Ensuite c’est au cuistot de travailler…

En Méditerranée, on pêche surtout du thon blanc, au printemps ou en été, du thon rouge, surtout au mois de mai, quand il vient se reproduire en méditerranée. On commence à trouver de la dorade coryphène, mais elle est bien moins abondante et grosse que dans les eaux chaudes des mers tropicales.

Leurre d'artiste, spécial coryphène (la coryphène aime la couleur bleu vert,   qui lui rapelle  ses petits... qu'elle mange !)

Les couleurs étonnantes et changeantes de la coryphène.

 

Même chose pour le baracuda. (qui arrive dans nos eaux de plus en plus chaudes de Méditerranée).

Petit baracuda, au large d'Arecife.

Pour l’espadon, c’est également au printemps et en été qu’il se pêche. Il tue ses proies avec son rostre avant de les avaler : il faut utiliser des leurres souples pour le tromper. C’est un poisson plus méfiant que le thon. Il faut mettre le leurre très loin du bateau (100 mètres?). Il faut également moins serrer le frein que pour le thon pour être sûr de bien le ferrer.

N’ayant pas l’expérience de la pêche à l’espadon, je me fie là aux conseils éclairés de Marcel, responsable de l’école de pêche de    la société nautique des Mouissèques.

 

En Atlantique, en tout cas pour la transat aller, je n’ai quasiment pêché que des dorades coryphènes, très voraces. Beaucoup de poisson semble-t-il également autour du Cap Vert et des Canaries. Les îles du Cap Vert proposent d’ailleurs des séjours pêche au gros.

Faire bien attention  en pêche côtière ou en approche des côtes,   dans les zones tropicales   à la redoutable ciguatera,   qui contamine les poissons du   lagon   et qui peut nous empoisonner.   Une information sur les espèces contaminées   est disponble  en français en Guadeloupe et en Martinique.

 

les  dernières recommandations, avant de pouvoir   mettre les lignes à l'eau    :

Il faut respecter la réglementation du pays. Pour ce qui est de la réglementation française, voir le lien ici. L’amende est vraiment très très chère pour le contrevenant.

Il   faut savoir limiter   ses  prises à ce que l'on est capable de  manger ou de conserver.  Il va donc falloir être raisonnable   et ranger ses lignes   dès que l'on a attrapé assez de poisson. C'est cela qui devient souvent difficile. 

Lorsque l'on attrape   un  gros poisson avant une escale, pourquoi ne pas le partager avec les voisins  de mouillage ou de ponton?   Celà   permet de créer des liens dès l'arrivée à l'escale. 

 

Pour  progresser, je me suis beaucoup  aidé du  livre publié en 1993 : "la pêche à la traîne dans les îles du pacifique", commission du Pacifique sud, 1993.   Ce livre  reste pour moi une référence. 

 

J'espère que cette fois , j'ai été   assez complet et que je n'ai rien oublié d'essentiel.

Beaucoup de patience et de persévérance, et ça va le faire. Bonne pêche   pour vous !

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