11 - 18 juin 2022 Entrée au Guatemala Première découverte du Rio Dulce

11 - 18 juin 2022 Entrée au Guatemala Première découverte du Rio Dulce

Posté par : Dominique
05 Septembre 2022 à 00h
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Ce samedi 11 juin, après un bon petit déjeuner, nous nous mettons à l’écoute de ce lieu surprenant. Quelques barques étroites et longues, des lanchas, passent transportant des personnes ou du matériel, mais elles troublent à peine la tranquillité du lieu. Pas un bruit de voiture ou de moto à terre, peu de monde sur les plages, juste quelques fumées de barbecues s’élèvent dans le calme du soir. Nous apprendrons plus tard que ce cap, sur cette presqu’île de Punta de Manabique, est « un refugio de vida silvestre » : des mangroves reliées par des canaux naturels en font un haut lieu de diversité animale et végétale, avec du côté de l’Océan des récifs attrayants pour la plongée ; pas de route pour accéder à ce site, le seul moyen de locomotion semble donc être la lancha. De notre côté, dans la baie d’Amatique, l’eau est de cette couleur glauque dont le vert tirant sur le bleu et manquant de clarté n’incite pas à la baignade. Certains matins des taches brunes d’hydrocarbures portés par les courants, ou les déchets apportés par un léger clapot d’ouest ont confirmé que se baigner pouvait se révéler toxique. Il est vrai qu’au fond de la baie d’Amatique se trouvent les deux ports de la façade atlantique du Guatemala : Santo Tomas de Castilla et surtout Puerto Barrios.

De nombreux cargos naviguent ou sont au mouillage dans la baie en attente de chargement et de déchargement. Puis le vent et le courant s’harmonisant à l’est-sud-est dans la journée, l’eau devient plus propre, et le mouillage plus accueillant. Nous entendons quelques oiseaux, voyons un beau rapace planer au-dessus de nous mais ce sera la seule animation. C’est donc un lieu tout à fait propice au repos.

Propice également aux travaux préparatoires pour l’entrée dans le Rio, après avoir hissé notre pavillon guatémaltèque de courtoisie et notre pavillon « Q ». Afin de pouvoir placer en tête de mât une amarre solide qui servira à faire gîter le bateau, nous dégréons le génois. L’absence de vent le matin rend l’opération relativement aisée ; il faut cependant déplacer au préalable l’annexe qui était posée sur le pont durant la traversée. Comme toujours en bateau, ce que l’on entreprend génère beaucoup de manutention : il faut certes, déplacer l’annexe pour faire tomber le génois, mais il faudra la replacer ensuite au même endroit. Un premier petit matin sans vent, et avant la grosse chaleur, est occupé par le génois ; le suivant par la montée au mât de Dominique et l’installation de l’amarre. Une fois ces deux points importants réglés, nous pouvons rincer le bateau. A l’extérieur, les pluies nocturnes s’en chargent mais à l’intérieur, plancher et cloisons ont bien besoin d’un entretien après ces douze jours de mer. Le petit taud qui recouvre le sabord arrière a souffert durant la traversée et il est nécessaire de reprendre les coutures avant de le réajuster ; il permet de garder le panneau de la cabine arrière plus souvent ouvert. Nous installons également des moustiquaires pour toutes les ouvertures, car sur le Rio nous ne devrions plus avoir les conditions favorables des mouillages ventilés par l’alizé. Nous façonnons un rideau moustiquaire lesté pour la descente, de manière à limiter au maximum l’intrusion des indésirables.

Nous avons acheté d’occasion un barbecue à gaz à Saint Martin avant de partir ; nous le nettoyons et l’installons, nous promettant de bonnes grillades à l’avenir…

Dans la journée du 13 juin, des voiliers nous rejoignent sur le mouillage, non loin de nous. La tension monte ; nous avons rendez-vous le lendemain à 7 heures devant la bouée de Livingston, pour le passage du seuil. Le tonnerre gronde et un gros orage nous tient éveillés en milieu de nuit ; les vents tournent, les alarmes GPS sonnent, mais avec 30 mètres de chaîne dans 3 mètres d’eau, le cercle d’évitage est grand. Nous surveillons le mouillage, les bateaux voisins, personne ne dérape. Quand l’orage est passé, nous pouvons retrouver le sommeil pour quelques heures.

Mardi 14 juin, 5 heures, nous appareillons pour traverser la baie d’Amatique en direction de Livingston, distant d’une bonne dizaine de milles. Autour de nous, les voiliers s’affairent également. Un vaste banc de sable « Ox Tongue Shoal », parallèle à Punta de Manabique est à quelques milles devant nous. Pourtant annoncé à 4 ou 5 mètres de sonde, nous le contournons prudemment par le nord, tandis que nos voisins de mouillage n’hésitent pas à le franchir, sans encombre.

Peu après notre départ, une ligne de démarcation apparaît sur l’eau : de glauque celle-ci devient plutôt marron – caca d’oie : les eaux boueuses du Rio se mêlent à celle de l’Océan. Après le passage de la bouée au nord du banc de sable, rayée rouge et blanche, la houle du large nous pousse vers l’entrée de Livingston ; petit à petit la côte se précise et nous devinons dans cette immensité verte devant nous l’ouverture de l’estuaire.

Nous arrivons devant la bouée qui marque le point d’entrée du « chenal », devant Linvingston. Ce chenal est marqué sur la carte de Navionics, mais n’est signalé par aucune autre bouée réelle …

Un ketch aux allures anciennes, est déjà là en attente, roulant bord sur bord. Il est 7 heures. Nous appelons Raùl, l’agent avec lequel nous sommes en relation pour les formalités d’entrée et pour le service du passage du seuil, à la VHF, pour lui signaler notre arrivée sur site. C’est notre ami Philippe de « VoileOvent » qui nous répond ! Nos amis sont arrivés hier soir pour nous accueillir ; c’est vraiment une très bonne surprise !

Une lancha arrive et Hector et son équipière prennent en charge le ketch arrivé avant nous. Celui-ci se fait juste tracter ; nous suivons du regard son trajet. C’est ensuite notre tour ; il n’y a qu’une seule lancha qui nous fera gîter. L’équipière capelle une longue amarre sur la nôtre prise en tête de mât, puis la lancha s’éloigne sur notre travers, l’amarre dans l’eau, tandis que nous avançons à petite allure, cap environ au 225°. Régulièrement, d’un geste, Hector nous fait corriger notre trajectoire, tandis qu’au sondeur les fonds remontent : 0,9 m, 0,7m, 0,5m, 0,2m, 0,1m, 0,0m, rien ne se passe, puis une petite friction dans la quille. Hector tend l’amarre et incline doucement Nissos.

 

Nous avançons ainsi, gîtés, mais sans que le liston soit dans l’eau ; Hector relâche ou reprend l’inclinaison du bateau lorsque la quille gratte les fonds sableux. Après la troisième touche, la lancha se rapproche, le seuil est passé pour nous ;

Hector nous indique le cap à suivre pour le reste de l’entrée dans l’estuaire, et part s’occuper de nos voisins de mouillage : deux d’entre eux qui suivaient un premier voilier apparemment habitué des lieux, sont restés coincés dans le sable et attendent son arrivée pour être désensablés.

Nous mouillons non loin de" VoileOvent" ; nos amis ont suivi la manœuvre ; nous sommes dans l’estuaire du Rio, parallèles aux quais et pontons ; mais devant nous, dans la verdure, il est difficile de distinguer où se situe l’entrée du Rio. Beaucoup d’animation sur l’eau et sur les pontons : des lanchas vont et viennent : de pêche, avec passagers, plus ou moins grandes.

Une fois que tous les bateaux en attente à la bouée ont franchi le seuil du Rio, Hector passe se faire payer : 60 dollars (US) pour une aide simple et efficace.

Philippe et Joëlle viennent nous saluer tandis qu’une embarcation fait le tour des nouveaux bateaux : une lancha équipée d’un taud et de plusieurs bancs : outre les deux marins en charge de la manœuvre, cinq à six personnes sont à bord, certaines en tenue militaire, d’autres portant une chemise indiquant l’organisme officiel dont elles dépendent. Dans les bancs de l’avant Raùl sert d’intermédiaire : il récupère les papiers du bateau, nos passeports, notre clearance de sortie, notre test PCR (en date du même jour que la clearance) et les caractéristiques du moteur hors-bord. Les documents circulent de main en main, chacun notant sur un bloc-note ou un tableau les éléments le concernant ; Raùl photographie l’ensemble des documents puis nous invite à venir à son bureau vers 12 h ou 13 h pour récupérer nos papiers visés, notre autorisation de naviguer pour trois mois, et régler les frais administratifs. D’ici là, nous pouvons ramener le pavillon « Q » et sommes autorisés à descendre à terre ; il est 9 heures 30.

L’annexe est toujours sur le pont ; Joëlle et Philippe vont nous servir de guides. Sur les pontons en bois, la foule est nombreuse : des personnes en uniforme qui semblent garantir la sécurité des lieux, des personnes prêtes à prendre les amarres des annexes, à aider au débarquement et à surveiller l’annexe, moyennant un pourboire à notre retour.

A terre, Livingston surprend ; nous entrons dans une autre atmosphère que les Antilles. Cette ville n’est reliée au reste du pays que par voir maritime ou par voie fluviale. Le ballet des lanchas est incessant en provenance de Puerto Barrios au fond de la baie, ou du Lac Izabal, en amont du fleuve. A l’origine, une communauté de Caribes noirs (métissage des indiens caribes et des esclaves africains), les Garifunas, s’est installée à l’embouchure du Rio au moment où ils ont été chassés des îles antillaises, comme Saint Vincent. Les Mayas cohabitent avec les Garifunas, les premiers étant vite reconnaissables à leur petite taille et leur silhouette trapue (sans compter leurs habits traditionnels). Quittant le ponton, nous passons le long de restes de structures d’un parc, avec un terrain de sport couvert, des murets en pierre devant lesquels un artisan tisse des hamacs multicolores : premier contact avec les vives couleurs guatémaltèques !

 

Les véhicules de cette ville reliée à aucune route, également sortent de l’ordinaire : de vieilles motos, des tuk-tuk (triporteurs) essoufflés, des petits pick-up d’un autre âge. Le distributeur de billets de banque est protégé par une forte grille ; en glissant le bras à travers elle, on atteint difficilement les touches du clavier, mais tout fonctionne. Nous pouvons retirer les liquidités nécessaires aux frais administratifs ; mais les montants des retraits sont limités à deux fois 2000 quetzales par carte et par jour, soit environ 250 euros. Nous achetons également une carte internet locale, afin de pouvoir continuer à communiquer avec nos proches…

La rue principale de Livingston traverse la péninsule sur laquelle se situe la ville, entre le fleuve et la côte de la baie d’Amatique. Sur ses plages, la houle de l’Atlantique vient s’échouer sur le sable foncé.

Echoppes et maisons particulières bordent cette rue ; certaines maisons en dur, protégées par des barbelés côtoient de pauvres cases en bois.

 

 

En plusieurs endroits de la ville, des lavoirs sont installés ; des alvéoles pour les lavandières sont bâties permettant à chacune de laver son linge, voire de faire un brin de toilette en toute discrétion.

Nous prenons le temps d’une pause déjeuner sur une terrasse au-dessus du Rio contemplant l’activité intense qui se déploie dans l’estuaire : pêche, transport de personnes, d’objets, et partout des pontons où accoster, des enfants qui jouent dans l’eau.

Une fois en possession de nos passeports visés (pour trois mois) et notre permis de naviguer de trois mois également, nous pouvons appareiller et quitter les berges de Livingston, réputées peu sûres la nuit. Nous avons une vingtaine de milles à parcourir, avant notre étape pour la nuit. VoileOvent nous ouvre la voie : l’entrée du Rio se devine au fur et à mesure que nous remontons dans l’estuaire, entre deux gorges.

Deux murailles de vert se dressent autour de nous ; un sifflement nous surprend, mais il ne vient pas du moteur : les frondaisons crissent de multiples insectes.

Nous avançons dans un monde de verts, d’où s’élancent de hauts troncs à la recherche de la lumière : vert des feuilles, des philodendrons qui enlacent les troncs, et vert limoneux de l’eau, sous un ciel bleu et blanc de nuages.

 

Seules quelques pans de falaise blanche apparaissent dans le premier méandre. Au pied de ceux-ci, de petites cascades permettent à des familles de se rafraîchir et de remplir ses bidons d’eau dans les rires des enfants, ou à des pêcheurs de tenter de trouver quelques poissons cachés.

Sur la rive droite, la falaise s’éloigne, des barrières de bambous ferment des petits bras du Rio et des champs de roseaux s’avancent dans l’eau.

Plusieurs virages se suivent offrant toujours plus d’émerveillement devant ces gorges et les paysages associés.

 

 

Ces paysages de troncs s’élançant vers le ciel, ces falaises de verdure, au milieu desquels serpente le rio, réveillent en nous des souvenirs de films (le Jaguar et Mission) ou de lectures. Notamment celles du « Nouveau Monde » vu par Chateaubriand dans Atala  (même si les paysages décrits ne sont pas ceux du Rio Dulce) : « Les deux rives du Meschacebé présentent le tableau le plus extraordinaire. (…) Suspendus sur les cours des eaux, groupés sur les rochers et sur les montagnes, dispersés dans les vallées, des arbres de toutes les formes, de toutes les couleurs, de tous les parfums, se mêlent, croissent ensemble, montent dans les airs à des hauteurs qui fatiguent les regards. Les vignes sauvages, les bignonias, les coloquintes, s’entrelacent au pied de ces arbres, escaladent leurs rameaux, grimpent à l’extrémité des branches, s’élancent de l’érable au tulipier, du tulipier à l’alcée, en formant mille grottes, mille voûtes, mille portiques. Souvent égarées d’arbre en arbre, ces lianes traversent des bras de rivières, sur lesquels elles jettent des ponts de fleurs. Du sein de ces massifs, le magnolia élève son cône immobile ; surmonté de ses larges roses blanches, il domine toute la forêt, et n’a d’autre rival que le palmier, qui balance légèrement auprès de lui ses éventails de verdure. Une multitude d’animaux placés dans ces retraites par la main du Créateur, y répandent l’enchantement et la vie. (…) Si tout est silence et repos dans les savanes de l’autre côté du fleuve, tout ici, au contraire, est mouvement et murmure : des coups de bec contre le tronc des chênes, des froissement d’animaux qui marchent, broutent ou broient entre leurs dents les noyaux des fruits, des bruissements d’ondes, de faibles gémissements, de sourds meuglements, de doux roucoulements, remplissent ces déserts d’une tendre et sauvage harmonie. Mais quand une brise vient à animer ces solitudes, à balancer ces corps flottants, à confondre ces masses de blanc, d’azur, de vert, de rose, à mêler toutes les couleurs, à réunir tous les murmures ; alors il sort de tels bruits du fond des forêts, il se passe de telles choses aux yeux, que j’essaierais en vain de les décrire à ceux qui n’ont point parcouru ces champs primitifs de la nature. »

Nous suivons « VoileOvent », notre guide, silencieux, impressionnés, par ce site, et attentifs aux tourbillons dans les méandres, et au sondeur.

 

Le dernier méandre, mal négocié, nous a gardés prisonniers de sa vase, dont nous n’avons pu sortir qu’avec l’aide de « VoileOvent ».

Après un dernier virage, nous entrons dans El Golfete, le Rio s’élargit ;

 

de petits rio partent sur les côtés, laissant deviner d’autres installations plus loin.

Des habitations avec des toits de palme, les pieds dans l’eau apparaissent çà et là, puis des hameaux avec église, école, et autant de pontons de bois que de maisons ;

 

 

des lanchas passent pressées, dans leurs cayucos (petites embarcations creusées dans une seule pièce de bois) des pêcheurs, aidés d’une massive pagaie se déplacent à la recherche de l’endroit idéal pour jeter leur filet, dans un beau geste où l’épervier se déploie dans l’air avant de retomber dans l’eau où l’entraîne sa bordure plombée, prison pour les poissons.

Nous bifurquons sur notre gauche pour entrer dans Cayo Quemado : une anse bien abritée, derrière des mangroves qui la mettent à l’écart du fleuve, sur le bord de laquelle des maisons sur pilotis et au toit de palme sont installées, (ce sont des « palapas »), avec parfois un ponton et un ou plusieurs voiliers appontés.

Nous mouillons au milieu de cette anse bien fermée et nous découvrons les lieux. Cayo Quemado est le nom de la communauté qui vit dans cette anse et sur les bords voisins du Rio. L’anse est séparée en deux parties par un bosquet d’arbres entre lesquels sont posées des maisons sur pilotis. Ici, une fois de plus, le calme est surprenant.

Nous nous imprégnons de ce nouveau monde sur eau douce : la vie s’écoule en lancha, sur des pontons, les pieds dans l’eau. Nous sommes entrés au Guatemala ce mardi 14 juin et nous resterons dans ce havre de paix quatre autres jours. Dans la deuxième partie de l’anse, des pontons en bois, quelques voiliers, une palapa : c’est une marina… en arrière de celle-ci se devine un monticule vert ; la terre n’est pas si loin… Un premier tour en annexe nous permet de repérer la « tienda » (petite épicerie) où nous trouvons quelques légumes ; sur un ponton voisin, une petite cabane abrite des jerrycans d’essence pour les moteurs hors-bord ; pendant que la maman remplit notre nourrice, trois petits enfants viennent nous voir nous offrant leurs beaux sourires. A l’extrémité de ce ponton est installé le matériel pour la lessive : une planche carrelée, un bloc de savon, une brosse ; pas de robinet, l’eau du Rio affleure le ponton ; et derrière, un fil où sèchent des vêtements d’enfants multicolores. A côté, Mike, le Texan, a établi son bar-restaurant avec sa grande terrasse sur la deuxième anse, rendez-vous de ceux qui cherchent une connexion Wi-Fi.

Philippe vient nous aider pendant que Dominique monte au mât ôter l’aussière qui a servi à faire gîter le bateau. Puis, il nous emmène chez Tom, le gréeur. Il est installé dans la première partie de l’anse ; des mâts ou des voiliers amarrés à couple de sa plate-forme signalent son atelier. Les plaisanciers sur le Rio sont nombreux à avoir eu recours à ses services et à en avoir eu entière satisfaction. Nous lui demandons une expertise du gréement.

Joëlle et Philippe continuent à nous servir de guides ; en annexe, ils nous font découvrir les petits canaux entre bosquets et joncs, les nénuphars blancs ou mauves, les oiseaux à longues pattes (Jacana) marchant sur les feuilles des nénuphars.

 

 

Le temps ensoleillé éclaire favorablement ce monde lacustre : les maisons sur pilotis sont toutes ouvertes, des passerelles en bois s’enfoncent dans la mangrove, parfois quelques murets sont construits et des apports de terre ou de remblai permettent de créer des espaces un peu plus au sec, avec des poules.

Nous terminons ce petit tour par un déjeuner chez Sunnya, sur une petite terrasse au-dessus de l’eau, partageant le menu de la famille. Nous sommes accueillis très chaleureusement et nous nous régalons de ce simple repas agréablement partagé.

Nous nous aventurons ensuite, avec notre annexe vers d’autres petits bras du Rio qui partent de l’anse ;

les arbres maintiennent ces affluents à l’ombre et l’eau y paraît bien sombre et inquiétante, autour des racines arrondies des arbres.

Lorsque le cours d’eau s’élargit, le soleil fait son apparition, et les nénuphars ouvrent leurs fleurs, tandis que les jacanas cherchent leur nourriture sous les feuilles.

Après un autre « tunnel » arboré, on débouche sur une vaste plaine ; les berges sont un peu hautes, mais on aperçoit sur leurs bords des cannes à sucre.

Si par moments, on se croit au bout du monde, au détour d’un virage, on retrouve de la vie : des maisons, des scooters des mers stockés dans la mangrove prennent l’humidité, près d’une cahutte. Il nous est difficile d’imaginer une telle activité touristique ici ; pourtant, nous découvrons au cours de ce séjour, que le Rio Dulce est un haut lieu touristique guatémaltèque : de nombreuses lanchas passent avec du monde à bord, en brassière, effectuant visiblement un détour par Cayo Quemado au cours d’une visite du Rio.

Cela contraste avec les activités des habitants : de sa fine barque, un cayuco, arrêtée dans les jacinthes d’eau, une grand-mère pêche assise à l’intérieur, tandis que son petit-fils attend sagement, jouant avec ses mains dans l’eau.

Autour du bateau passent régulièrement des habitants, à la rame, proposant des fruits, de l’artisanat (en bois ou en vannerie). Le samedi, une lancha plus importante fait le tour de Cayo Quemado : fruits, légumes, œufs, et dans ses glacières fromages, crème, parfois viande. Tout cela avec une extrême gentillesse, pas d’insistance désagréable, et le sourire.

La journée du 17 juin, le site est plus animé ; de la musique sort des maisons tout autour ; la grande palapa-restaurant non loin de laquelle nous sommes mouillés - El Manglar- a été nettoyée les jours précédents, et accueille deux ou trois lanchas de convives : c’est la Fête des Pères, jour férié au Guatemala.

Ce bref premier séjour à Cayo Quemado nous permet de nous imprégner de cette nouvelle vie et de faire des connaissances.

Sunnya qui nous a accueillis pour ce bon déjeuner, Pascale et Frédéric installés dans l’anse. Frédéric, électronicien, a son atelier dans une palapa et leur voilier est le long de leur ponton. Nous échangeons beaucoup avec eux ; ils nous partagent leur passion pour ce pays. Pascale souhaite sensibiliser les familles sur l’hygiène dentaire de leurs enfants, en intervenant à l’école. Les enfants ont de beaux sourires, mais leurs dents de lait sont souvent gâtées ; c’est surprenant, car on voit partout des lavoirs, du linge propre qui sèche, les cheveux des enfants sont brillants de propreté. Nous apportons notre modeste contribution à ce projet, espérant revenir plus tard poursuivre les échanges avec eux.

Tom, le gréeur vient inspecter notre gréement. Il monte aux mâts agilement en s’aidant des haubans, la drisse ne servant que de sécurité… Après une vérification minutieuse de l’ensemble, il change une base de ridoir qui était tordue, reprend les rivets qui maintiennent le tube de l’enrouleur sur le tambour (durant la traversée, certains avaient sauté, d’autres menaçaient d’en faire autant ; nous avions tenté une réparation de fortune mais qui a tenu), change une manille en tête de l’étai avant.

 

Puis il nous confirme la présence de deux points de rouille à l’intérieur des manchons des ridoirs des galhaubans. Après discussion avec lui, nous lui confirmons notre souhait de changer le gréement, selon le devis qu’il nous donnera. Il passe deux jours plus tard pour un nouveau tour dans la mâture afin de prendre des cotes, et nous enverra le devis par mail.

Après onze jours de mer, et sept jours de premières impressions sur les côtes caraïbe et fluviale du Guatemala, nous songeons à rejoindre la marina que nous avons réservée et où est également amarré « VoileOvent » ». Il nous reste une quinzaine de milles à parcourir en remontant El Golfete, jusqu’à Fronteras, le village animé où se trouve Manglar del Rio, notre marina. Nous devons y arriver en début de matinée, pour pouvoir manœuvrer sans être contrariés par la brise thermique qui se lève en fin de matinée. Samedi 18 juin au soir, nous préparons le bateau pour un appareillage au lever du jour le lendemain. Nous nous promettons de revenir goûter la paix de Cayo Quemado, et dégourdir la quille de Nissos dans le Rio.

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