Smalls et Hébrides intérieures

Smalls et Hébrides intérieures

Posté par : Christine et Yves
28 Août 2022 à 18h
Dernière mise à jour 04 Septembre 2022 à 19h
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Zigzagodromie (Merci G. Borg pour le terme) dans les îles écossaises (/Yves)

Petrel et son équipage sont donc redescendus des latitude élevées (pour nous) . Il aborde les eaux plus calmes des "sound" écossais, bras de mer entre les îles, et la météo s'adoucit nettement : un peu de ciel bleu et de lumière (on sort l'appareil photo !)  et un vent globalement moins musclé. Nous y ferons de courtes étapes (de l'ordre de la demi-journée) bien moins fatigantes et nous sentons en vacances...
Ces étapes seront presque quotidiennes : beaucoup à raconter et à montrer, donc !
La civilisation se rapproche et les touristes aussi (pas mal de camping-cars, notamment). Les bateaux rencontrés deviennent  souvent moins marins, aussi.

De retour à Mallaig, donc, nous décidons de visiter les « Small Isles », entre les grandes îles de Skye et de Mull. Principalement   : Rùm, Eigg, Canna et Muck, par ordre de taille. On distingue bien les deux premières – et leurs formes caractéristiques – depuis Mallaig (photo du précédent billet).


La statue  du "fisherman and child", visible seulement depuis l'eau, nous indique la sortie !

Nous remettons donc un peu d’ouest et même de nord dans notre route ce 29 juillet, malgré un vent de … nord-ouest très faible, qui tournera au sud-ouest puis au sud dans la journée en se renforçant (20kn). Le début de la matinée sera même ensoleillé   !


En quittant Mallaig,  le "Kyle Reha", d'où nous sommes arrivés, vu du sud.

Nous profiterons finalement d’une très belle journée de navigation autour de ces îles sauvages (très peu de traces d’activité humaine) qui nous mènera, en début d’après-midi, dans la baie de Canna Harbour où nous prenons l’un des coffres réservés aux visiteurs.


Canna Harbour

Nous passerons une bonne partie de l’après-midi à  terre  et explorerons les alentours avec bonheur : le style de vie local nous a conquis !

         
Un clocher rond, une cabine téléphonique qui veut à nouveau être raccordée: nous sommes ailleurs !   

Nous faisons le plein de  chlorophylle   et voyons aussi, dans les champs, sur l’eau et en vol, des troupes d’oies sauvages se regroupant vraisemblablement pour migrer. Par la suite nous en verrons bien plus, mais c’est pour nous une découverte.

         

Après une bonne nuit, nous quittons Canna  par un vent d’W de 15kn – parfait ! – mais qui tournera à l’WSW en faiblissant alors que nous tentons de contourner (largement comme l’indiquent les documents nautiques)  l’extrémité ouest de Rùm. Le courant, contraire, lève un court clapot, désagréable et que Petrel n’apprécie guère. Nous appuierons au moteur durant une demi-heure pour passer cette pointe.


Contre le clapot, Petrel est à la peine.

En début d’après-midi, nous atteignons la « Point of Ardnamurchan » extrémité de la péninsule du même nom et entrons dans le large chenal la séparant de l’île de Skye. L’endroit est magnifique et nous glissons majestueusement (si, si !), voiles en ciseaux. L’endroit est un peu plus fréquenté que ceux dont nous avons pris l’habitude. Autrement dit : plusieurs voiliers sont à portée de vue.
Alors que nous approchons de Tobermory, haut lieu du tourisme écossais, un superbe voilier semble devoir nous couper la route. Comme il est au près, nous modifions courtoisement notre cap pour qu’il n’ait pas à manœuvrer … et réalisons qu’il s’agit de Bye-bye venu à notre rencontre  ! Nous nous hélons joyeusement.


Surprise  ! Nous croisons Bye-bye, voisin de ponton à Roscoff

Nous avons plus de temps qu’eux (en vacances, seulement), mais naviguons bien plus lentement. Nos routes se séparent donc déjà et rendez-vous est pris pour nous croiser à nouveau lors de leur retour des îles du nord de l’Ecosse, dans une semaine.
Nous entrons ensuite dans le Loch Na Droma Buidhe, fermé par un goulet et mouillons tout au fond de ce véritable lac, très fréquenté : au moins deux douzaines de voiliers y passeront la nuit … mais il mesure un bon kilomètre de long  et ce n'est tout de même  pas la cohue !


Le  Loch Na Droma Buidhe, au matin. Quelle foule !

Le lendemain nous quitterons ce mouillage pour Tobermory, au nord de Mull, où nous souhaitons arriver tôt, craignant l’affluence.
Celle-ci s’avérera raisonnable, mais le port, un simple abri, est bien plein en soirée.


Tobermory, dont les façades colorées figurent sur  la plupart des brochures touristiques d'Ecosse ...


Déjeuner "en terrasse" de l'église... Etonnant, non? 

Nous visiterons un peu l’île, à pied d’abord jusqu’au « Tobermory Lighthouse », phare au nord du port, puis en bus jusqu’à Craignure, au SE de l’île, autre point d’accès par les ferries.


L'Ardnamuchian vue du nord de Mull...


... et l'extrémité sud-est du Sound Of Mull, vers le Firth Of Lorn

Nous marcherons enfin jusqu’à l’extraordinaire « Duart Castle » (çe qui représente une bonne trotte) et le visiterons. Il a été  le décor de nombreux films.


En cheminant vers Duart Castle, enfin nos premières vaches  des Highlands, "chevelues" ! 


Duart Castle


Un travail de restauration phénoménal, financé par son clan et mené sous l'égide de  Sir Lachlan MacLean.

Le lendemain nous repartons et vérifions que Tobermory est un bon abri : les 5kn de vent de NE ressentis au ponton se transforment rapidement en vent de SSW 25kn avec des rafales à 35kn. Et une visibilité médiocre sous les grains.


Tonique ! Mais relativement confortable du fait de l'absence de vagues.


Nous doublons Duart Castle et un rayon de soleil inespéré perce quelques instants les nuages. Magique.

A l’issue d’une bonne demi-journée de navigation où nous avons même croisé les nombreux participants à une régate, nous entrons dans Loch Aline, au fond duquel nous mouillerons vers 14h.


Une régate très disputée dans un cadre  extraordinairement adapté (eaux abritées, vent, ...)

Le lendemain, 03 août, nous rejoindrons le Loch Spelve, grand lac au SE de Mull, accessible par un étroit goulet (à l'étale de préférence !).

   
Loch Spelve . Un mouillage paisible ...


... et des emblèmes de l'Ecosse : moutons à tête noire et chardons.

Repartis en début de matinée, nous repassons le goulet et  piquons au sud vers le Loch Melford, que nous comptons atteindre en franchissant le Cuan Sound, un goulet entre les îles de Luing et Seil, où s'établit un très fort courant de marée. La navigation y est  ... délicate. 

Il faut faire ici une digression sur les cartographies électroniques que nous utilisons : outre  celles déjà présentées l'an dernier,  nous avons cette année des cartes dédiées aux passages délicats et mouillages tranquilles en Ecosse (exclusivement) : les cartes Antares, disponibles quasi-gratuitement (15£) en téléchargement. Elles représentent ce qui se fait de plus détaillé et de plus fiable en la matière. Merci à l'équipage de Bye-bye de nous avoir initié l'hiver dernier... Nous en disposons sur l'ordinateur  de bord mais aussi et surtout  sur la tablette,  dans le cockpit, pour un usage "en temps réel".

Mais  lorsque nous nous présentons au nord du Cuan Sound, donc, pas moyen d'en afficher la carte Antares. Pourtant nous l'avions examinée en détail la veille au soir.  Mystère. Dans ces conditions, pas question de nous y risquer avec notre cartographie basique et nous contournons Luing et Shuna  pour rejoindre Melfort et y prendre un coffre.


En arrivant sur Luing avec une quinzaine de nœuds de vent d'ouest.


Mouillage  à Melford Pier and Harbour.


Le même, au matin. Le Kilmelford Yacht  Haven est de l'autre côté du Loch, moins abrité et très fréquenté.

Le lendemain, nous effectuons l'une de nos plus courtes étapes, au moteur faute de vent (nous essaierons de hisser plusieurs fois, sans succès) pour rejoindre le Ardfern Yacht Centre au fond du Loch Craignish, .. et y trouver une bonne douche , notamment.

Repartis au matin nous descendrons paisiblement le Loch Craignish, puis une partie du Sound of Jura, par 10kn de vent d'ouest (au près bon plein, donc) et dépassons - de loin -  le célèbre Corryvreckan,  Maelström écossais. Puis le vent forcit à une vingtaine de nœuds et nous nous rapprochons de Jura pour nous protéger du clapot qui se lève.  Nous mouillerons  le temps de déjeuner dans Ardlussa Bay, au pied d'une belle propriété. Des cygnes nous y accueillent.


Ardlussa Bay, le temps d'un déjeuner.

C'est par un vent forcissant encore (25kn) que nous repartons pour Lowlandman's Bay où nous arrivons en fin d'après-midi. Le mouillage nous semblant peu protégé, c'est finalement dans la petite baie qui s'ouvre au sud de son entrée que nous trouvons un refuge correct.

Le lendemain, 07 août,  nous voit traverser tranquillement vent de travers (10kn de SW) vers la petite île de Gigha. Séduits par ses reliefs et par la baie protégée qui s'ouvre à son extrémité nord, nous y mouillons et débarquons pour une ballade à pieds. Fort sympathique si l'on passe sur le cheminement détrempé inévitable entre la plage et la petite route desservant la pointe...


Port Mor au nord de Gigha.  Une des rares plages de sable.

Après une nuit tranquille, nous rejoignons le mouillage (sur coffre) principal de l'île , dans Ardminish Bay. Beaucoup de bateaux et de va-et-vient (ferries, pêcheurs). L'organisation locale est étonnante : système d'Honesty Box devenu habituel, et douches ... gratuites dans une chambre de l'hotel local, mise à notre disposition ! La réceptionniste est presque gênée de nous voir insister pour lui verser une (modeste) contribution aux frais !


Le mouillage de  Ardminish Bay  à Gigha

Nous envisageons la suite : tour de la péninsule de Kintyre,   Ile de Arran, North Channel, Ile de Man  ? On ne sait pas trop. C'est  vraiment la route du retour... 
Mais rien ne se passe jamais comme prévu  et le vent risque de nous faire maintenant défaut... ainsi qu'à Bye-bye, lequel choisira une route directe vers Roscoff. Tant pis pour notre rendez-vous .

 

Le point de vue de Christine

Ces 15 derniers jours nous avons été gâtés : rassemblement d’oies sauvages sur l’Ile de Canna, plusieurs centaines, des phoques très souvent, de magnifiques hérons argentés, et puis une régate dans le Sound of Mull alors que nous y passions, etc.

Hier, 2 août, nous avons décidé de prendre un bus (puis 1h30 de marche pour se dégourdir les jambes) pour aller voir le Duart Castle. 
Bonjour la circulation en bus sur la voie principale de cette partie de l’ile qui est malgré tout une route à voie unique sur laquelle les croisements se font grâce à des « Passing places » (zones d’élargissement qui permettent le croisement de deux véhicules) !

Duart Castle est la propriété et la base familiale du clan McLean, en fait une vraie diaspora dont de nombreux membres vivent au Canada et aux Etats-Unis. 
Bien nous en a pris, le paysage sous le soleil était grandiose, visibilité depuis le château à 360° sur les passes et les lochs alentour. 
L’influence et la place des clans écossais dans la vie de la Grande-Bretagne semblent plus importantes que je ne l’imaginais. Ca mériterait des recherches plus approfondies.

Et nous avons enfin vu des vaches rousses à poil long ! La fameuse Highland. 

Aujourd’hui 3 août nous passons devant le même château, en bateau, sous un crachin. Très impressionnant aussi vu de la mer. Quant au crachin, il est si fin qu’on a parfois l’impression d’être dans un brumisateur géant.

J’ai un regret concernant cette belle région : très peu d’endroits convenables pour faire accoster une annexe, ce qui nous oblige hélas à aller dans les ports ou les mouillages officiels pour pouvoir descendre à terre. Les abords sont caillouteux, pas ou peu de plages « même petites », accès difficiles et spongieux. C’est peut-être ce qui permet à la région de rester belle et sauvage…

 

Comme pour les églises, réhabilitées en restaurants, les écossais ont de l’imagination pour garder leur patrimoine et le rendre utile :

 

Et toujours « La maison sur le rivage ». Si d’aventure quelques jeunes gens romantiques lisent ce blog, je leur conseille la lecture de ce livre de Daphné du Maurier (à qui l’on doit des grands classiques qui donnèrent de très beaux films comme Rebecca). J’ai dévoré ce livre quand j’avais 16/17 ans, puis relu plusieurs fois. Une histoire d’amour à travers le temps quelque part en Cornouailles. Ces petites maisons sur le rivage m’y font régulièrement penser.

 

Tout au long de notre périple, nous avons eu à longer ou à éviter de nombreux élevages de poissons, sans doute saumons, mais peut-être autres. Les conditions semblent plutôt bonnes, reste à connaitre ce qu’ils leur donnent à manger.

  

Sur l’ile de Gigha, qui comme d’autres iles d’Ecosse appartient à et est gérée par ses habitants, visite de l’incroyable jardin botanique d’Achamore (http://www.gardens-of-argyll.co.uk/view-details.php?id=446), résultat d’une passion du colonel Sir James Horlick pour les rhododendrons (plusieurs fois primé pour ses créations horticoles).

       

Depuis notre arrivée en mer d’Irlande et dans les eaux écossaises, Yves s’esbaudie sur le fait que, lorsqu’on s’approche d’un groupe d’oiseaux au repos sur l’eau, ceux-ci plongent pour s’enfuir au lieu de s’envoler (une grande majorité de guillemots). C’est vrai que c’est cocasse.

 

(à suivre)

 

Emplacement

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