2007-Bienvenue chez les Grecs. De Venise à KOS

2007-Bienvenue chez les Grecs. De Venise à KOS

Posté par : Olivier
23 Mars 2012 à 18h
Dernière mise à jour 19 Janvier 2016 à 18h
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    Devant mon désespoir, mes voisins, qui ont l'air d'avoir de l'expérience, me réconfortent en me disant : "T'inquiètes pas il vont revenir te chercher , ils sont juste partis au boulot". Faisons leur confiance; je prends mon mal en patience . utomne, hiver et printemps passent et j'ai le temps de réfléchir et mûrir. J'ai maintenant compris la différence entre un océan sans fin et une mer qui n'a pas forcément de sortie.

     Et puis mon ponton à la Rochelle c'était bien , mais le chantier Vento de Venezia sur l'île de la Certosa dans la lagune de Venise il y a pire comme exil. Même en hiver le chantier s'active mais surtout : Que Venise est belle avec ses palais, églises , places , ruelles, ponts et canaux. Et les vénitiens aiment les fêtes, festivals et carnavals; ils sont différents des autres humains : Généralement les humains ont cinq membres, 2 bras, 2 jambes et une bagnole. Mais en ce lieu, leur créateur a dû oublier le coup de baguette magique qui génère la bagnole et comme il se sont trouver  amputés de ce membre ils l'ont remplacée par le bateau. Je connaissais à la Rochelle le bus de mer du port des Minimes, le bateau des gendarmes maritimes et les promène-touristes inter îles, mais ici c'est le royaume de tout ce qui flotte : gigantesques bateaux de croisière Costa, vaporettos, gondoles , bateau pompier, bateau corbillard et bateau de transport de tout et n'importe quoi.

     En début d'été les gens du chantier me remettent à l'eau et m'amarrent dans la mini marina. C'est bon signe, ils reviennent me chercher. C'est alors que deux inconnus, genre hasbeen pas très jeunes ni complètement très vieux montent à bord lourdement chargés et commencent à s'installer et à me préparer : qu'est ce qui va encore m'arriver? Ils n'ont pas l'air très méchant et m'expliquent leur mission. Ils se sont mis d'accord avec Marc et Dominique pour m'amener en mode croisière jusqu'à l'île de Corfou où je les retrouverai. De toutes façons je n'ai pas le choix.

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   Le premier soir à bord ils ont l'air fatigués, mais ils prennent le temps de me raconter leur voyage jusqu'à Venise : Ils ont pris un train depuis Paris pensant prendre le prestigieux Orient Express avec boiseries précieuses, dorures , serveurs en livrée et mets raffinés. En réalité c'était un brave Corail de la SNCF et comme leur voisin de compartiment couchette était un jeune italien qui ramenait tout le contenu de son appartement parisien  il leur fut quasiment impossible de mettre pied à terre pendant tout le voyage.

   De plus, ils ont eu une grosse émotion en arrivant à Venise : alors qu'ils attendaient au bord du canal le bateau navette pour l'île de la Certosa ils virent passer sous leur nez un RM à coque bleue : c'est le SUD qui s'en va ????? En y regardant de plus près il s'agissait d'un RM 900 qu'ils retrouvèrent amarré à côté du Sud . Il s'agissait d'Argos , appartenant à un célèbre journaliste  fondateur de Voiles et Voiliers. Argos qui effectait une Zigzagodromie méditerranéenne venait poser ses quilles à ma place pour se reposer. Deux RM bleus à Venise ça arrive pas tous les jours.

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En deux journées ils me mettent en configuration navigation et font l'avitaillement , ce qui n'est pas une chose simple quand on est à Venise sans bagnole; puis aprés avoir pris la météo sur internet il m'informe du départ pour l'aube de demain en direction de Pula en Croatie : 75 milles avec vent de travers 15 puis 25 Knts à l'arrivée leur ont dit les fichiers Grib : c'est tout bon!

   A l'aube je les sens un peu angoissés pour la manoeuvre de départ : une marche arrière dans un chenal étroit avec le vent de travers sur un bateau avec deux quilles, deux safrans et une hélice bec de canard ça peut poser problème. Ils ne savaient pas encore  que j'avais l'agilité d'une mobylette. Un petit signe à Argos et adieu la belle Venise.

   A la sortie de la lagune nous croisons deux énormes paquebots de croisière venant déverser leur flot de touristes sur la place St Marc. Personne sur les ponts et passerelles, ils roupillent tous et pourtant l'entrée dans la lagune de Venise au soleil levant c'est unique et magique.

   Pour nous, comme l'a dit la météo, c'est 15 knts au travers et on file pépère autour de 7 Knts. Pas de quoi pavoiser, car dans ces conditions même les fers à repasser et les baignoires à voile ont des performances  honorables. Par contre dans d'autres conditions c'est pas aussi évident et on allait pas tarder à le savoir : En début d’après midi, après sa sieste quotidienne , le vent revient 10, 15 , 20 knts, 1 ris, 25 knts , 2 ris et génois bien roulé puis 30 et enfin 35 knts et une mer pour le moins agitée. Ce sera 2 ris tout seul, car j'ai bien ma trinquette mais comme ils ne savent pas trop où elle  est rangée et comment la mettre on en restera là.

   Ils arrivent à capter le fameux canal 68 VHF italien qui diffuse en boucle et de manière simple et compréhensible les bulletins météo : "Adriatico settentrionale, sud ovest siete y ocho , mare molto mosso" C'est bien chez nous et c'est pas difficile à comprendre force 7 à 8 avec une mer qui mousse bien. La leçon est retenue : quand les fichiers Grib annoncent 25 Knts et que tu n'as pas besoin de sortir attends que ça redescende à 20Knts et tu en auras quand même largement pour ton argent.

Il nous reste quand même 20 milles à faire et malgré notre configuration vélique bizarre on continue notre route pendant qu'ils s'équipent vaille que vaille avec cirés et harnais et consultent les documents sur l'arrivée à Pula . Le guide IMRAY parle d'une entrée délicate avec le contournement d'une ancienne digue romaine immergée et donc invisible. Madame allume Maxsea sur le PC pour faire la Nav quand une vague vicieuse engendre un glissement fatale de la souris qui propulse la cartographie de Maxsea au large des iles Aléoutiennes et comme ils ne savent pas repositionner le bateau sur la carte, l'atterrissage se promet d'être acrobatique. Il faut croire que les dieux  ont remis la souris dans le droit chemin et on a pu contourner la fameuse digue immergée. Il faut dire qu'on ne pouvait pas la rater en voyant les déferlantes exploser sur ses restes.

   Dans la grande baie de Pula on laisse tomber la marina car on a notre dose d'acrobaties et le mouillage devant le club nautique fera l'affaire. On hisse le drapeau jaune et dodo.

  L'aube est à peine là qu'un zodiac avec deux Croates vient frapper sur la coque en nous faisant comprendre qu'il faut venir à la maison la bas le plus rapidement possible. Ils ne sont ni souriants ni agressifs simplement Croate. Annexe gonflée et papiers du bord embarqués ils vont voir le préposé qui leur fait comprendre que le mouillage sur ancre est payant. Bizarre comme coutume. c'est heureusement la seule fois où nous aurons à subir ce racket.

  Et tant qu'à avoir débarqué ils vont faire les formalités d'entrée et là ça devient chaud : les autorités locales constatent sur leur PC que j'ai fait une entrée l'année précédente puis une sortie et que maintenant je veux rerentrer avec un équipage différent qui essaie de leur expliquer en franglais que la cotisation payée l'année dernière est encore valable et qu'ils veulent les papiers tamponnés sans dépenser un Kopec (ils ont déjà donné pour le mouillage). Ils ont du faire une prière à Ste Rita , patronne des cas désespérés , car le préposé au tampon finit par obtempérer. Ouf!

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   Un opéra de Wagner est prévu en soirée dans les arènes romaines de Pula et pour mettre l'ambiance Zeus déclenche un orage apocalyptique une heure avant le début.

   Voilà deux jours trop riches en émotions fortes : si on continue à ce rythme là, je pète une durite du Volvo et eux deux ils vont droit à l'infarctus.

   Heureusement la suite fut beaucoup plus paisible et dès le départ de Pula je retrouvai le millefeuille des Otoks Croate (c'est le seul mot que j'ai retenu du croate. Une otok c'est une île). Et même si le millefeuille Croate  est aussi complexe que le millefeuille des collectivités  territoriales françaises on en oublie rapidement sa complexité, tellement le choix de mouillages et de visites est vaste :les parcs nationaux, les villes et villages où Romains et Vénitiens ont laissé les traces de leur génie architectural , Pula, Trogir, Split, Korkula, Hvar , Dubrovnik et d'autres moins célèbres.

   Quant aux possibilités de mouillage , il y en a pour des mois et des mois pour explorer tout le plan d'eau. Entre les marinas luxueuses et chères, les mouillages aménagés sur corps mort , les petits quais et les mouillages en libre il y a de la place pour tous , pour tous les goûts et toutes les circonstances.

   Comme je suis venu sur mer pour aider mon prochain je vous refile quelques bonnes adresses , sachant que ce que j'ai trouvé paradisiaque peut se transformer en pur cauchemar si la houle vient vous importuner, le vent se fait coléreux et capricieux , les moustiques et les guèpes s'énervent et les bateaux voisins sont mal élevés :

                                            - Le mouillage de Luka Telascica sur Dugi Otok dans les Kornatis.

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                                                - Le petit quai de Zaton dans la rivière Sibenik avec la chorale du village qui est venu répéter au bord de la rivière au coucher du soleil.

                                                - Le décor magique des mouillages de Polace et Prozura sur Otok Mljet.

                                                 - La tranquillité des îles les plus au large de Vis et Lastovo.

                       De ce parcours aller retour de l'archipel Croate je ne garderai dans ma mémoire électronique aucun mauvais souvenir d'aucun endroit pourri.

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       Maintenant que la croisière a retrouvé une allure paisible, je peux faire connaissance avec les deux Zozos qui sont chargés de me faire naviguer. Eux, prennent enfin le temps de découvrir ma trinquette et mon spi dans sa chaussette et ils me racontent un peu leur vie nautique. Elle s'appelle Armelle et est originaire de la baie de Morlaix. Elle a donc de l'eau de mer dans le sang. Par contre lui m'inquiète, il se prénomme Olivier et se présente comme un célèbre alpiniste Charentais. Sachant que les alpinistes charentais se comptent sur le doigt d'une main ça doit pas être un exploit. Et un alpiniste à bord j'en vois pas franchement l'utilité , si ce n'est pour monter en tête de mat. C'est alors qu'il me sort cette tirade :

"Marins et alpinistes relèvent de la même nature, une même idée de l'horizon résonne en eux avec l'harmonie du diapason.

Du pont d'un voilier en pleine mer déchainée ou d'un sommet venté, glacial et virginal, l'émotion jaillit des flots ou apparaît derrière un béquet, elle submerge, désastibilise, puis redevient calme , limpide, solide, parfaite. Alors elle s'imprime, loin de toute frime.

En ces jours sans contour où la passion rejoint l'horizon et dépose un petit flocon au coeur de notre raison tel un singulier médaillon parmi nos souvenirs;

Pour cette unique collection, pour ces quelques cristaux, l'un naviguera, l'autre grimpera, de-ci de-là en quête de ce jour d'exception"

   Cà m'en bouche un coin , c'est pas de la daube. Il m'avoue , modestement que ce n'est pas sa prose mais il ne sait plus si c'est Isabelle Autissier ou l'alpiniste Chantale Mauduit qui a écrit ce beau texte. Dans tous les cas il s'agit de deux femmes remarquables. Il essaie de me rassurer en me disant qu'ayant épousé une bretonne il n'a pas eu d'autres choix que de se mettre au bateau depuis une trentaine d'année. De toute façon il s'était rapidement aperçu qu'il était plus facile d'embarquer toute la famille dans un bateau plutôt que de passer ses vacances dans la face Nord des Grandes Jorasses avec femme, enfants et le chien.

  Nous dégustons à pleine dents le millefeuille Croate jusqu'à Dubrovnik, puis ils ont bien envie de me faire visiter le Montenegro et ses fameuses bouches de Kotor. Ils avaient simplement oublié que la guerre entre la Croatie et le Montenegro étant juste terminée , les croates étaient peu enclin  à fournir des renseignements sur leur voisin. Heureusement la rencontre avec le voisin de ponton l'Ovni 345 Boréval résolut le problème par une location de voiture pour visiter Kotor.Je profite de l'escapade des équipages pour faire la causette avec Boréval. Son capitaine , un normand pur et dur essaie de lui faire battre le nombre de traversées aller et retour entre son port d'attache  Sanary  et la méditérranée orientale. Il devrait féter prochainement le 20° franchissement du détroit de Messine. Nous en profitons pour comparer les avantages de nos appendices, lui le dériveur intégral et moi le biquille : en conclusion , que fait-on en Méditérranée?

  Cette année là, le gouvernement d'Albanie ayant interdit toute navigation à l'aide d'un moteur le long de ses côtes ce qui obligeait les pêcheurs locaux à utiliser un pédalo, notre route passera par l'Italie. Pourrons nous un jour  aider ce pays à sortir de sa misére et de sa corruption? Quel paradoxe en Occident que ce ce pays si pauvre et oublié de tous?

 De nouveau une traversée de l'Adriatique pour rallier Dubrovnik à Brindisi. Parcours rapide et tranquille si ce n'était les hallucinations de l'homme de quart. Lui veille, elle dort et c'est mieux ainsi , car en ce milieu de nuit je suis en train de couper le rail des cargos, ferrys et paquebots qui longent la côte italienne à une quinzaine de milles et elle n'aime pas du tout croiser ce genre d'engins. Il a coupé le buzzer de l'Activ Echo pour  ne pas la réveiller, mais il s'inquiète surtout car sur le cap apparait de manière irrégulière une trés violente lueur. C'est sûr ce n'est pas un phare, ni un volcan alors peut être une soucoupe volante ou un dragon des mers ? A moins que ce ne soit une hallucination? La consultation de l'Imray apportera la solution : Le guide précise en effet la présence d'une trés importante raffinerie près de Brindisi et qui dit raffinerie dit torchères et les grosses flammes qui vont avec.

    Aprés un passage par Otrante et la visite de sa vieille ville on retraverse l'Adriatique pour la troisième fois en trois semaines, pour arriver dans un nouveau pays : La Grèce. L'aterrisage se fait sur la petite ile d'Othoni. L'ile culmine à 400 m et le mouillage se fait dans un vallon  et là je découvre le phénomène local : le vent catabatique, qui se manifeste en fin d’après midi et s'arrête quand il en a envie, c'est à dire quand la montagne  a restitué la chaleur accumulée dans la journée. En général vous ne pouvez  espérer dormir tranquillement avant minuit, quand les rafales de 20 à 30 knts veulent bien aller se coucher . On comprend alors l'utilité de la main de fer, chère aux bateaux de voyage , gréée sur la chaine d'ancre. Quand le guide Imray indique rafales ou fortes rafales dans un mouillage, ce n'est pas de la blague même si il n'y a que 10 à 15 knts de vent au large.

    Leur mission s'arrête à Corfou et ils laissent leur place à Dominique , Marc  et Morgane pour la suite du voyage. Merci pour le convoyage, au vu des deux premiers jours cela aurait pu être pire. Leur aventure nautique terminée, ils découvrent  les joies des aventures aériennes. Les grecs ont  en effet quelques spécialités exotiques comme l'Ouzo, la Moussaka et Olympics Airlines leur compagnie aérienne nationale qui vous garantit une certaine fantaisie.

    Bien content de retrouver mon équipage habituel , je les autorise à musarder quelques temps dans les magnifiques îles Ioniennes, mais après, fini les vacances, on rentre à la maison. Le séjour à Venise c'était sympa mais ce n'est pas là que j'habite. Mais leur boussole doit être déréglée, car les voilà qui mettent cap à l'est et s'enfoncent, comme l'année dernière dans un golfe sans issue. Mais cette fois ils trouvent un passage avec un  gardien en uniforme qui leur soutire un droit de passage et les oblige à montrer mes papiers puis on s’engouffre dans un horrible goulet dans lequel on ne peut naviguer que dans un sens , qui est surplombé de falaises de plus de 100 m de hauteur. Des voitures, camions, bus et trains passent au dessus de ma tête de mat. Si maintenant les voiliers se mettent à pratiquer le Canyonisme ,c'est l'angoisse totale et eux pendant ce temps s'amusent à prendre des photos.

     La plaisanterie s'arrête enfin et on débouche dans une mer bleue où il y a plus de montagnes que d'eau. Ils appellent ça la mer Egée. C'est beau, mais il y a un léger inconvénient: Un espèce de vent étésien nommé Meltem , cousin du mistral mais en plus tenace. Par chance il nous laisse continuer en paix si ce n'est une journée à 40knts pour faire les présentations . Et c'est ainsi que faisant route vers l'Orient on arrive sur  l'ile de KOS dans une marina moderne et en voyant la manière avec laquelle il m'amarre, 2 pendilles à l'arrière et des gardes avant doublées , je pressens ce qui va m'arriver. Effectivement c'est la bise et à l'année prochaine.

 

  

 

      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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