Le Cap Vert

Posté par : Anne-Claire et Guillaume
06 Janvier 2017 à 17h
Dernière mise à jour 24 Octobre 2018 à 09h
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Mindelo nous a tout de suite plu. Nous sommes vite partis à la découverte de cette ville dynamique et colorée. Le marché aux poissons vaut le détour, avec son ponton où les barques de déchargement livrent leur butin. Le poisson est très peu cher, en général 2€ le kilo. Les écailleurs ont un outil très particulier pour préparer le poisson : une boîte de conserve dont le fond a été percé de multiples trous, dont les bords servent à gratter la peau.  Un peu plus loin, le marché aux légumes est également magnifique. Tous les légumes viennent de l’ile de Santo Antao, à 1h de ferry de Sao Vicente. Cette ile montagneuse est riche en sources d’eau, ce qui permet qu’une grande partie de ses terres soient cultivées. A contrario Sao Vicente est une ile plate et l’eau provient essentiellement d’une usine de dessalement d’eau de mer. Nous sommes tout de suite transportés en Afrique, dans une ambiance colorée et festive. Les Cap-verdiens sont extrêmement gentils, prévenants et souvent très beaux. Ce sont souvent des métisses issus de l’union d’Africains et de marins ou d’entrepreneurs européens. En effet Mindelo fut le premier port de commerce du Cap Vert depuis l’installation d’une usine de charbon par les Anglais en 1858.

Nous sommes ensuite allés en randonnée depuis Mindelo jusqu’à la plage de Salamansa, en passant par les faubourgs de Mindelo. On a été frappé par la pauvreté qui règne dans ces banlieues. Les routes goudronnées ont laissé place aux pistes de terre, les maisons ne sont pas terminées ni peintes pour échapper à l’impôt. Les enfants courent pieds nus parmi les poules et les chiens, insouciants. La plage de Salamansa est le royaume des kites surfeurs confirmés. Les vagues étaient impressionnantes ce jour là. Au bout de la plage nous avons eu la surprise de découvrir une crêperie, Chez Zoé, tenue par des cap verdiens revenus de Paris quelques années plus tôt. Le retour s’est fait en aluguer, les taxis collectifs cap verdiens, très pittoresques.

 

La traversée Canaries-Cap Vert a été fatale pour notre cloche de tangon. Il nous fallait absolument la réparer avant la transat. Nous sommes donc allés au ship local, très spartiate, simplement constitué d’un local de 6m2 avec une grille en guise de porte et une multitude d’objets marins récupérés exposés dehors. Là-bas nous avons rencontré un Français vivant à Santo Antao sur son bateau de pêche sportive. Nous lui expliquons notre problème : il nous fallait trouver quelqu’un pour redresser la cloche, des rivets de grande taille et une riveteuse adaptée. A La Rochelle, la chose aurait été réglée en 5 minutes… mais à Mindelo c’était une autre paire de manches. Paul-Loup, notre nouvel ami français nous a accompagné en taxi chez le forgeron, puis chez 2 autres artisans pour essayer de trouver rivets et riveteuse. On a fait tout Mindelo, avec le chauffeur de taxi qui non seulement nous attendait à chaque arrêt mais qui donnait son avis sur la taille des rivets ou la courbure de la cloche ! Finalement, c’est une des connaissances de Paul-Loup travaillant à la marina qui nous a dépanné. Le tangon était à nouveau utilisable, juste à temps pour naviguer avec mes parents.

 

 

Nous suivions le Vendée-Globe bien sûr depuis le départ. Nous savions que les coureurs devaient passer près du Cap Vert. Mais quelle fut notre surprise de flasher Alex Thompson à l’AIS dans le canal entre Sao Vicente et Santo Antao,  à 27 noeuds, profitant de l’accélération entre les 2 îles pour prendre la tête de la course ! Nous savions également que Tanguy De Lamotte avait une avarie et qu’il devrait s’arrêter pour tenter de réparer son mât. La Baie de Mindelo offrait un abri idéal et c’est en effet tout proche de nous qu’il a mouillé. Ce fut l’effervescence sur les bateaux français au mouillage. Tout d’un coup une flottille d’annexes, dont la nôtre, s’est dirigée vers Initiatives Cœur pour saluer Tanguy et le soutenir. Nous ne devions pas nous approcher à moins de 5 mètres sous peine de disqualification pour Tanguy. Très gentiment, alors qu’il était encore en course, Tanguy nous a parlé et expliqué les détails de l’avarie. Il devait monter au mât dans l‘après-midi pour évaluer l’ampleur des dégâts. Il fallait nous voir, complètement excités à faire des tours autour du bateau de Tanguy. Le lendemain, lorsque nous sommes revenus (Victor, un des deux enfants de l’Actéon, avait pris son drapeau breton !), nous avons vite compris que Tanguy était contraint d’abandonner la course. Mais il n’abandonnait pas son autre défi qui était de sauver des enfants grâce aux clics facebook. Bravo Tanguy et merci !

 

Nous avions décidé d’aller mouiller à Tarrafal, sur l’île de Santo Antao, afin de naviguer un peu avec mes parents. Ils avaient réservé des chambres d’hôtes à divers endroits de l’ile pour mieux l’explorer et randonner. Paul-Loup nous avait proposé les services de ses marins pour qu’ils surveillent le bateau pendant nos 5 jours d’escapade. Cela nous rassurait, d’autant plus qu’il nous avait dit que le mouillage était en général calme. Nous avions même pu attaché Maracudja sur le corps-mort de Paul-Loup dont le bateau était à sec. Nous étions donc assez confiants étant données les précautions prises.

 

Le lendemain, mes parents réveillés à l’aube, ont rencontré le directeur de l’école locale, qui leur a expliqué son fonctionnement : le nombre de classes et d’enseignants n’étant pas suffisant, les petits ont classe le matin et les grands l’après-midi. Les enfants mangent tous à l’école, la cantine revient à 60 centimes d’euros par mois… mais malgré ce prix dérisoire certaines familles n’arrivent encore pas à payer. Cela en dit long sur ces petits villages cap-verdiens isolés.

  La première randonnée que nous avons effectuée le lendemain nous a laissé des traces… Il s’agissait de rejoindre Monte Trigo par le chemin côtier. 5h de marche sans ombre, en montées et descentes, par des chemins escarpés. Maman a attrapé une insolation ! Le retour s’est fait en barque de pêcheurs avec atelier pêche traditionnelle pour Guillaume ! Pendant cette randonnée, j’ai eu la joie de retrouver Sylvie, une amie et ancienne collègue de travail ! Nous avons dîné tous ensemble le soir-même : Sylvie, son mari, mes parents et nous deux !

 

Nous sommes ensuite partis dans la vallée de Paul, réputée pour ses randonnées et ses paysages. Nous n’avons as été déçus ! Les marches sont assez exigeantes mais au cœur d’une nature luxuriante faite de cultures en terrasses et de végétation tropicale.  La chambre d’hôtes où nous étions était tenue par 2 femmes dont l’une était maîtresse d’école. Elle avait crée une classe de maternelle au sein de la maison d’hôtes. Elle accueillait une quinzaine d’enfants de 4 à 6 ans qui venaient à l’école à pied et seuls, dans les chemins de montagne très pentus. Ils avaient 1h de marche aller et retour tous les jours… nous avions eu du mal à gravir les 10 minutes de chemin jusqu’à la maison d’hôtes !  Ils se débrouillaient très bien, sont autonomes pour quantités de choses (faire leurs lacets, attachés leurs boutons, etc….) alors qu’à leur âge les petits français sont habiles pour d’autres tâches (manger seuls, …).

Les randonnées sont en généra assez exigeantes : le temps annoncé est parfois plus court que le temps que nous mettions. Les chemins, parfois pavés, avaient été rendus glissant par la pluie. Nous avons fait une magnifique randonnée au cœur du cratère d’un volcan où les paysans cultivent toutes sortes de semences. Le chemin qui en descendait était bordé de canne à sucre, caféiers, papayers, bananiers, hibiscus et autres fleurs tropicales.  Nous avons fait la route de la corda en aluguer. Cette route est en équilibre sur les crêtes avec des panoramas vertigineux de chaque côté.

 

 

Notre troisième étape fut la petite ville de Ponta do Sol, battue par les vagues.

Au cours d’une randonnée dans les environs, Guillaume a reçu un coup de téléphone. Les propriétaires de la chambre d’hôtes où nous avions dormi la première nuit à Tarrafal nous prévenaient que la nuit précédente avait été très ventée, avec des rafales à 50 noeuds. Notre voilier avait dérivé dans la nuit emportant avec lui le corps-mort sur lequel il était accroché ! Les jeunes cap-verdiens que nous avions payés pour surveiller le bateau avaient réussi tant bien que mal à ramener le bateau avec des barques de pêcheurs. Notre sang n’a fait qu’un tour, nous avons décidé de rentrer à Tarrafal sur le champ… mais c’était plus facile à dire qu’à faire. Il nous fallait trouver un aluguer pour nous ramener à Porto Novo, d’où partent tous les transports. Puis trouver un 4x4 qui nous emmenent à Tarrafal à 3h de route dont 1 bonne heure de piste défoncée. Quel soulagement à notre retour à tarrafal de retrouver Maracudja, dont seule la peinture avait été abimée durant le remorquage. Il aurait pu partir faire la transat sans nous !!

Nous sommes revenus à Mindelo avec notre voilier, profitant d’une bascule de vent au sud. Le retour en passant dans le canal est réputé difficile, s’effectuant souvent au près avec des effets Venturi qui ont surpris nos amis de L’Actéon dont la grand-voile s’est déchirée.

Le soir même nous accueillions la mère de Guillaume : nos parents étaient presque tous réunis au Cap Vert, le père de Guillaume devant nous rejoindre 2 jours plus tard.

 

Avec les parents de Guillaume, nous sommes retournés à Santo Antao, mais cette fois-ci en ferry et en laissant Maracudja à la marina de Mindelo. A nouveau nous avons passé quelques jours à Tarrafal qui est un village véritablement hors du temps. Les pêcheurs vendent le fruit de leur pêche sur la plage, les cochons sont dans des enclos de pierre sur la plage également, les jeunes se retrouvent le soir sur le terrain de foot au bord… de la plage et lorsque le temps est clément, tout le monde assiste à un coucher de soleil magique avec un verre de punch de mel! La plage est aussi un lieu de nidation pour les tortues marines et nous avons eu la chance de découvrir un bébé tortue qui rejoignait la mer pour la première fois ! Guillaume et son père sont allés pêcher avec les locaux tous les jours pendant que nous marchions et nos reposions avec Florence.

l'atelier du menuisier...

 

Le retour à Mindelo quelques jours plus tard était synonyme de préparation du bateau pour la transat. Nous scrutions les gribs tous les jours avec Mickaël et Sandrine de L’Actéon pour choisir la meilleure fenêtre météo… mais c’était à n’y rien comprendre. Les gribs changeaient tous les jours et les prévisions ne ressemblaient pas à des alizés de décembre. Les gribs donnaient des vents à 20nds au minimum avec une belle houle. Nous avons reculé notre départ de 2 jours pour profiter d’une petite accalmie et étions presque prêts à le reculer de 2 jours encore en entendant les bruits de ponton qui assuraient que ce serait mieux de partir plus tard… On sentait bien que tout le monde était décontenancé par ces gribs inhabituels… Mais il faut bien partir un jour. Nous avons largué les amarres le 6 décembre avec L’Actéon avec l’intention pour les 2 équipages de rester à portée de VHF pendant toute la transat.

 

AC

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