MATAVAÀ, le FESTIVAL DES MARQUISES

Posté par : Sylvie et Patrick
18 January 2026 à 00h
Last updated 19 January 2026 à 07h
20 vues
Flux-RSS


Nous souhaitions passer une année aux Marquises.

Ce sera probablement 9 mois car nous aimerions découvrir en Mars 2026,

l’Archipel Sud-Est de la Polynésie française Les Gambier.

Ce qui n’était pas prévu initialement.

 

Dans ce billet nous vous emmenons au Festival des Marquises

et vous expliquons pourquoi il est si important.

 

UA UKA - La baie d’HANE,  à une quarantaine de milles de Nuku Hiva… avec le routage et la météo  de NavimetriX, successeur de Weather 4D

Les 35 voiliers ancrés dans la baie d’Hane pendant le festival.

 

Le Matavaā des Marquises (festival des Arts et de la Culture), du 14 au 19 décembre 2025,

nous donna l’occasion de naviguer (au près) vers la petite dernière des 3 îles habitées du  Nord 

que nous ne connaissions pas encore UA UKA, 83 km2 - 650 habitants.


 

Les Marquises oubliées 200 ans

Après leur découverte  par les Espagnols en 1595, les versants abrupts de la Terre des Hommes HENUA ENANA furent baptisée « Les Marquises »…

…et oubliée pendant plus de 200 ans, faute de posséder les richesses convoitées du Pacifique: bois de santal et huile de cachalot.

« Ils descendaient vivants dans les fosses communes… »

Les  baleiniers et les santaliers y voient 2 siècles plus tard l’occasion de haltes salutaires .

 Mais l’arrivée de ces marins, avec son cortège de maladies mortelles telles la variole ou la tuberculose, décime cette population saine et sans défense qui passe en moins d’un siècle  de 80 000 âmes au début du XIXème  à 2 000 au début du XXème.

Société orale, seuls les récits des voyageurs et missionnaires restent de leur culture passée. Leurs traditions cachées puisqu’elles étaient officiellement interdites par les missionnaires et les laïcs accompagnateurs des marins furent difficiles à retrouver.

 

« Nous sommes tous des demis »

Aujourd’hui ils sont 10 000 extraordinaires métis. Issus de croisement de leur morphotype polynésien avec celui des européens, des nord ou sud américains, des asiatiques et des 2 autres groupes de l’Océanie: les mélanésiens, les micronésiens, ils se définissent eux même comme «demis ».

 

Un historien nous montre l’application IAEO pour la  traduction des 10 000 mots marquisiens (en français et en anglais) inaugurée lors du festival. (Académie Marquisienne)

Les collégiennes font une démonstration de la préparation du Popoï avec le fruit de l’arbre à pain, (l’Uru en marquisien) qu’elles feront déguster à la foule ensuite.

 

 

La consécration de l’ UNESCO

Avec la perte identitaire et culturelle drastique subie, l’importance du festival n’a d’égal que leur fierté d’entrer dans « la grande cour » : l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2024.
Nous assistons à la remise émouvante du « Document » qui depuis un an a transité  de l’Hexagone à Tahiti.

Le festival des Arts et de la Culture ( Matavaā = le Réveil) est né dans les années 80-90 d’un renouveau culturel  impulsé par les associations comme Motu Haka, portées par des érudits, enseignants et religieux pour réhabiliter et transmettre le patrimoine, chant, danse, tatouage, langue, autrefois interdits par les missionnaires et le « gouvernement » de Tahiti.

Nous y sommes pour 5 jours de festivités.
Arrivés le dimanche 12 décembre 2025 avec 2 sympathiques boats-stoppeuses (vacancières de Tahiti qui ont bien su plaider leur cause sur les réseaux sociaux).

 

Rencontre humaine

La gentillesse, la simplicité, la tolérance sont au RDV. Le thème cette année est la fierté (d’être marquisien).

Hommes musclés et femmes filiformes tels que les fantasmes occidentaux rêvent la beauté polynésienne sont rares. La morphologie charpentée est la plus fréquente,  certes lourdement mâtinée par l’obésité, mais toujours élégante.

Assise à côté de Laure, une des 12 infirmières de l’hôpital de Nuku Hiva, nous discutons de cette catastrophe sanitaire présente dans toute l’Océanie.

Ses peuples vulnérables aux publicités, subissent de plein fouet les conséquences d’une réglementation beaucoup plus permissive de l’importation des produits transformés salés, sucrés, lipidiques. La malbouffe!

Hypertension, diabète, dérèglement hormonaux, altération sévère de la mobilité et de l’autonomie…L’obésité les tue.

 

Rencontre artistique

A tout seigneur…le tatouage sacré détrône ici toute autre expression artistique.
Au fil des mois, notre œil s’est habitué à décrypter, comprendre les symbolismes des  magnifiques encres de toute l’Océanie. Un art complexe. Des écoles officielles de formation. Des livres à disposition.

Les tatoueurs réputés d’Hiva Oa et de Nuku Hiva travaillent sans pause du lever au coucher du soleil devant le public fasciné.

Rencontre culturelle

L’agencement traditionnel des sites sacrés de La Terre Des Hommes représente la construction du monde.

Les charpentes, les ossatures sculptées étagées sous lesquels se tient le public racontent une histoire comme nos cathédrales.


Notre producteur de Vanille

Le tempo du Matavaá

  • Le matin, pendant 2 heures se tient le festival des enfants, une nouveauté de cette année.
  • Une douzaine de baraques ombragées proposent snacks, plats et rafraîchissements (sans alcool) sur place ou à emporter.
  • L’après-midi l’artisanat, ventes et ateliers (Patrick me confectionne un chapeau!), Notre producteur de vanille est là !
  • 19h-22H30 Au centre, en bas sous le ciel étoilé, 2 des 6 délégations présentent leur trio: percussions, polyphonie, danses autour du thème (cette année) de la fierté (d’être Marquisien)
  • Tous ont soigneusement huilé peau et cheveux.

Le costume et sa fabrication avec les herbes fraîches lissées d’huiles parfumées, les graines et les fleurs est un spectacle en soi.

  • Pour les enfants, il se prépare au dernier moment sur les nattes familiales alignées autour de la scène
  • . Nous, les spectateurs sommes derrière, le plus souvent à même les larges gradins de pierre volcanique. Donc nous en profitons.


une petite fille danse en attendant d’être costumée, coiffée et huilée.

La danse

  • L’ ambiance des représentations est à la fois magique et bon enfant, comme s’il s’agissait encore d’une répétition et parce que les jeunes (du matin) sont inclus le soir (ou parce que les bébés échappent (?) parfois(?) aux grands-parents et courent en riant après leurs parents qui dansent; sauf les délégations de Fatu Hiva et de Tahuata réputées pour leur rigueur.
  • Un « sorcier » magnifiquement tatoué et costumé en perpétuel mouvement harangue et explique le symbolisme   en marquisien (!) entre 2 chorégraphies.

Le chant

  • La fascination du public augmente lorsque s’enflent les polyphonies des femmes, des hommes et les percussions.
  • Classiquement une chorégraphie commence par une puissante voix de femme. Elle s’élève dans un silence absolu. Puis avec une mystérieuse synchronicité claquent en réponse les percussions et les chants des danseurs et danseuses. 

Les percussions et les sonneurs

  • Je suppose que tous ces artistes, toutes ses danses, tous ces chants ont un nom marquisien, mais je ne le connais pas, pas plus que le nom des différentes immenses percussions sculptées.

Rencontre religieuse et laïque

En Polynésie, manifestations, agapes commencent et se terminent par une messe, à défaut une prière, une bénédiction énoncée avec vigueur.

Lisez bien !

1 Les (12!) prêtres nous exhortent pendant ce festival à …sentir notre Mana la force de la nature qui nous habite à l’origine de toute chose! Si, si !

2 Autour et dans la foule,  les policiers veillent au respect des interdictions d’alcool et de joints en demandant poliment à sentir les cigarettes des fumeurs. Puis  congédient avec un retentissant « La Paix du Christ soit avec toi ». Si, si !

Nos repères vacillent!

IA: Démographie Religieuse aux Marquises (et en Polynésie)

Catholiques : Ils sont dominants aux Marquises, avec près d'un tiers des croyants, souvent bien représentés avec des activités culturelles locales.

Protestants (Eglise Ma'ohi) : Très actifs et populaires, combinant le protestantisme classique avec les croyances et traditions locales, avec une forte identité ma'ohi.

Autres confessions : Les Mormons (environ 7 % de la population polynésienne), les Adventistes du 7ème Jour, les Témoins de Jéhovah et d'autres groupes minoritaires sont également présents.

En résumé, les Marquises sont un bastion catholique au sein d'une Polynésie largement christianisée (96%) avec une forte présence protestante et une diversité de croyances minoritaires. 

 

Rencontre culinaire

L’apogée du festival fut le  Kai Kai, partage du déjeuner final.

          La veille, au matin, les viandes avaient été huilées et épicées.

  • Elles furent savamment enveloppées dans des feuilles de bananiers.
  • Puis placées dans une immense cage de fers à béton plus pratique que jadis quand les paquets étaient empilés sur les pierres et les braises au fond de la fosse.
  • Toujours la veille, chacune des 6 délégations creusât dans la terre, SON four: un carré de 3-4m de côté à environ 1 m sous la surface. Et le tapissât de braises.
  • Vers 17 heures, chaque cage,  soit quelques 350-400kg fut soulevée et transportée grâce à ses crochets frappés sur 2 énormes bambous. Lesdits bambous (un avant l’autre arrière) furent attelés sur les épaules de 8 guerriers particulièrement musclés et motivés,  aidés de 4 autres sur les côtés.
  • Chaque cage fut descendue dans son four, recouverte d’un épais tapis de feuilles de bananier
  • Une bâche, (ça c’est récent aussi) puis des pelletés de terre poussiéreuse recouvrirent alors le tout.
  •  


 

          Le lendemain, le jeudi midi fut le temps sacré de l’ouverture des fours

  • Alors que percussions, danses et chants des 6 délégations rivalisaient,
  • Chaque cage et son précieux chargement fut dégagée de la poussière
  • 2 énormes bambous enfilés dans les fers à béton permirent aux 8-10 guerriers  de la hisser 
  • tandis que percussions et chants redoublaient d’intensité, que les danseuses et danseurs se déchaînaient!

Chacun des 6 cortèges rejoignit le chapiteau de sa délégation. Les femmes attendaient devant chaudrons et glacières  avec les autres plats du menu: Toutes les recettes de tubercules et racines, toutes les recettes de bananes cuites, des petits crabes, et bien sûr l’emblématique poisson cru au lait de coco.

Les viandes cuites pendant près de 20 heures à l’étouffé dans les fours sont tellement fondantes et goûteuses que l’on ne retrouve même plus de correspondances gustatives avec ce que l’on connaît.

Il faut faire la queue avec son, ses bols en noix de coco (impératif). Il y en a pour tous, à profusion.

L’ARANUI V, cordon ombilical ravitailleur des Marquises (que nous avons visité lors d’une mémorable soirée en novembre) est arrivé avec ses touristes et son équipage pour ce dernier jour, il y en a aussi pour tout ce monde là! 

 

Le vendredi matin nous n’assistâmes pas aux discours de clôture. Nos bateau-stoppeuses n’ayant pas trouvé  locomotion pour regagner l’aéroport de NukuHiva nous les ramenâmes en 5 heures de spi idylliques.

 

Une organisation colossale et…

Chaque festival a son propre comité d’organisation.

Pour des gens presque démunis de toute infrastructure d’envergure, c’est un défi à la mesure..  du défi de sauvetage de la culture marquisienne.

Les chemins escarpés volcaniques deviennent lentement des routes parées de gardes-fous pendant les mois de préparatifs.

2 semaines avant l’ouverture,  les bus sont grûtés du pont du ravitailleur sur une barge. une autre grue les rattrapent à terre.  Etc… etc…

les 60 pages de cahier des charges téléchargeable sur le site de la CODIM (Commission des îles Marquises) est éloquent.

 

Créé en 1986 par l’association Motu Haka (voir notre Newsletter N° 61) le festival des Arts et de la Culture des îles Marquises fort de ses succès a instauré en 2006 une alternance

Dans les grandes îles, donc tous les 4 ans, des délégations de l’ensemble des peuples premiers du Pacifique sont reçues. Hawaï, Samoas, Tahiti, maoris de Nouvelle Zélande, île de Pâques…

Pour chaque île le festival a lieu 1 fois tous les 12 ans…en théorie puisqu’on le voit (ci dessous)  ce n’est pas le cas… c’est l’organisation marquisienne!

  • 1987 UaPou Les légendes
  • 1989 Nuku Hiva la case Marquisienne
  • 1991 Hiva Oa La généalogie
  • 1995Uapou le message
  • 1999 Nuku Hiva Qui sommes nous où allons nous?
  • 2003 Hiva Oa La couronne royale de la jeunesse
  • 2006 Tahuata Le pillon
  • 2007 Ua Pou Les Maîtres des Arts
  • 2009Fatu Hiva Enfant de la Terre des Hommes revêt l’habit de tes ancêtres
  • 2011 Nuku Hiva la Transmission
  • 2013 Hiva Oa Le défi
  • 2015 Le retour aux sources
  • 2017 Tahuata La croissance de la culture marquisienne
  • 2019 Ua Pou Préservons notre environnement
  • 2022 Fatu Hiva La langue héritage ancestral
  • 2023 Nuku Hiva Courant des Anciens
  • 20025 Ua Uka La fierté

un rapport aux évènements quotidiens …différent ! Souriez!!!       Exemples s s s s

                           Pour le dernier soir du festival, un feu d’artifice offert par l’ARANUI nous fut annoncé. Chacun se rapprochât des berges et les navigateurs se félicitèrent d’être aux premières loges. En fait, nous vîmes l’Aranui appareiller sous notre nez…sans feu d’artifice.

                          Pour les vacances scolaires de la Toussaint, nous étions au Nord de Nuku Hiva.. Une représentation théâtrale bonne enfant clôturait la  semaine de colonie  oecuménique de frère Omer. Tous les voiliers de la ravissante baie d’ANAHO y  étaient invités ainsi qu’au barbecue. Chaque équipage poliment avait fait un gâteau…mais il n’y eu pas de barbecue.

Etc…

C’est l’organisation marquisienne: « ici c’est ainsi, il y a ou il n’y a pas »

Shakespearien n’est ce pas! École de sérénité …

À bord de Croix du Sud, les Seniors des Flots vous souhaitent le meilleur pour 2026, pour vous même et vos proches.

 

Location

Vous devez vous identifier pour laisser un commentaire : cliquez ici pour vous connecter .

The offshore cruisers community...