Foz do Iguacu

Foz do Iguacu

Posté par : Tanguy
19 Février 2015 à 15h
Dernière mise à jour 27 Février 2015 à 00h
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Pour aller de Rio à Foz, nous troquons le bus pour l'avion. Excitation, apréhension aussi, suite à nos tribulations de Recife et Lisbonne. On arrive à la sécurité. On pensait être en ordre, et bien non: Cette fois, c'est Soizic qui a laissé son canif dans son bagage à main! Rien que ça! Petite discussion avec l'agent de sécurité, parce que c'est un souvenir, gravé et tout et tout... Ouf, on peut retourner à l'enregistrement pour envoyer son bagage à main en soute!

Deux heures de vol, atterrissage dans les nuages. Le lac d'Itaipu est immense et tentaculaire. Vues d'en haut, les rives sont toutes semblables: une bande d'une cinquantaine de mètres de végétation naturelle dense et haute, puis les cultures commencent, qui couvrent le reste du paysage, à perte de vue.

Arrivée sous le crachin. Débarqués sur la piste, on reçoit  un parapluie bienvenu pour rejoindre l'aérogare. Quand le taxi nous dépose à la pousada, il pleut à verse.

On est complètement déconnectés. L'avion a été trop vite, volait trop haut. On n'a pas pu admirer les changements du paysage, de la végétation, l'évolution des effets de la main de l'Homme. On a été privés de la compréhension des relations et interactions entre les différentes régions traversées. On a été téléportés. "Avion" et "Voyage" sont décidément antinomiques. En avion, on ne voyage pas, on se déplace. C'est sans doute à cause de l'avion que certains disent avoir “fait” les Canaries, en n'ayant vu que la côte bétonnée du sud de Tenerife, avoir “fait” le Cap-Vert en ayant passé une semaine sur les plages dorées du sud de Sal, avoir “fait” le Brésil, sans se rendre compte de l'immensité, la diversité et la complexité de cet extraordinaire pays.

On dépose les bagages, très gentiment accueillis par nos hôtes, elle lusophone, lui germanophone. Une occasion supplémentaire pour le capitaine de se souvenir de ses rudiments de la langue de Goethe, comme à Jacaré, Lencois ou Rio. On découvre ainsi qu'au mal du pays, “Heimweh”, correspond en allemand un concept sans équivalent en français, le “Fernweh”, le besoin viscéral de voyager...

Vu la météo, nous commençons par visiter le barrage d'Itaipu. Barrant la rivière qui sépare le Paraguay du Brésil, cet ouvrage d'art titanesque comprend vingt turbines de 700 MW (la puissance d'un réacteur nucléaire moyen!) et fourni une grande partie de l'énergie électrique consommée au Brésil et la quasi-totalité de celle consommée au Paraguay. Vous avez dit gigantesque? Gigantesque, sûrement. Libre de polémique, non, bien sûr. Parce que, malgré l'absence d'émissions de gaz à effet de serre ou des dangers liés au nucléaire, il reste que l'inondation des 1350 km2 nécessaires à la création du lac de retenue n'a pas été sans effet sur les populations locales et l'environnement.

La mise en oeuvre des différentes turbines a suivi l'augmentation des besoins, la dernière turbine a démarré en 2007, l'ouvrage est maintenant complet et est en capacité de produire plus de 14 GW, couvrant un cinquième des besoins en électricité du Brésil!

Le lendemain, nous nous rendons au chutes d'Iguaçu. A cheval sur l'Argentine et le Brésil, au coeur d'un “parc naturel”, le machin est bien rodé. L'approche se fait en bus, qui nous dépose quelques centaines de mètres en aval, histoire de pouvoir prendre le sentier bétonné des touristes. Il faut un peu jouer des coudes, on n'est pas seuls sur le parcours... On se croirait dans un parc d'attractions, la magie est brisée. Mais quel spectacle tout de même!

Nous sommes accueillis par un grondement. Sourd d'abord, il augmente au fur et à mesure de notre progression. Les chutes se dévoilent petit à petit. Certaines sont réduites à un mince filet qui tombe d'une traite sur les 80 mètres de hauteur, d'autres forment d'innombrables cascades, d'autres sont monstrueuses de largeur et de débit. Parfois elles passent entre les arbres, parfois elles s'offrent sans pudeur à nos yeux ébahis.

80 mètres de hauteur, avec souvent un palier à 40, la plupart des chutes sont coupées en deux, la séparation disparaissant dans un nuage d'embruns. Lorsque le grondement se fait plus fort, l'humidité augmente, jusqu'à devenir perceptible, à l'instar du souffle de l'air chassé par la chute de l'eau. Nous sommes à flanc de falaise, sur un sentier de béton, dans les arbres, entourés d'oiseaux colorés, de papillons multicolores et de coatis, et nous nous retrouvons à deux pas d'une des chutes les plus puissantes. On pourrait presque la toucher. Le débit est effrayant, le bruit assourdissant.

En contemplant ces chutes, on ne peut s'empêcher de songer à leurs découvreurs, et de l'émotion que leur gigantisme a dû provoquer en eux. De loin, la nuée d'embruns s'élève au-dessus de la canopée, prélude à l'indescriptible. L'approche, dans la forêt vierge, a dû être terriblement éprouvante, la récompense à la hauteur de l'effort fourni.  Malheureusement, à l'heure actuelle, plus aucune difficulté n'empêche le quidam, vissé à l'écran de son smartphone ou de son appareil photo, de venir jeter par terre ses paquets de chips ou de pop-corns. Pour couvrir le bruit assourdissant, les gens hurlent. Mais pas d'excitation: c'est pour être sûr que la photo sera bien cadrée, le selfie bien réussi. Rares sont ceux qui s'arrêtent et prennent ne fût-ce qu'une minute pour regarder le spectacle de leurs propres yeux et se pénétrer de la magie du lieu.

A la sortie des chutes, visite des volières. Incroyable multitude d'espèces, myriade de couleurs, concert de sifflements et de cris.

Le lendemain, à nouveau les chutes, mais du côté Argentin cette fois. Autre pays, autre langue, autre monnaie, autres moeurs, autre spectacle. Les vues seront plus intimistes, en contre-plongée. Nous prenons un bateau pour nous approcher au plus près des chutes. Promène-couillon qui pour une fois vaut la peine. Au bord du chaudron bouillonnant d'écume, on reçoit les embruns de plein fouet, la violence de l'écrasement, à quelques mètres de notre embarcation, de la colonne d'eau, est indescriptible.

A la sortie, une heure de marche dans les moustiques, les morphos (papillons bleus électrique de la taille d'une main), les coatis, les fourmis géantes et les agoutis nous amène à deux chutes qu'on nous avait dites isolées. A part une classe d'ados que nous croisons sur le chemin, les lieux sont déserts. La magie opère, le bain au pied de ces deux chutes de 40m restera gravé dans nos mémoires!

 

Emplacement

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