Colère pacifique - Mireille Pandolfi - Ed Jets d'encre - NDL

Colère pacifique - Mireille Pandolfi - Ed Jets d'encre - NDL

Posté par : LIVRES DE MER
08 Octobre 2020 à 08h
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Note de lecture  :

Ce livre est le récit d’un convoyage épique entre la Nouvelle Calédonie et l’Australie. Et dans ce récit, tout ce qui ne faut pas faire avant et pendant une navigation est relaté avec un réalisme poignant : Comment une femme qui semble avoir une sérieuse expérience nautique va se lancer dans une telle expédition avec un homme qu'elle ne connait pas et sur un bateau dont elle n'a pas fait l'examen.

Ce n’était pourtant pas la destination prévue mais une tempête hors norme a fait modifier la route. Tout cela est tellement dantesque que l’on se demande si c’est véridique ou le simple fruit d’une imagination exacerbée. C’est bien vrai et c’est pourquoi le récit entrelace trois livres : un récit de mer, un traité de patho-psychologie et une autoanalyse post-traumatique. 

Commençons par le récit de mer. Un convoyage par force 11 avec des creux de plus de 10m et un bateau sous-équipé (cartes, électronique, réserve de fuel, mouillage, canot de survie…) permet de passer en revue toutes les erreurs à ne pas commettre. Un skipper, le nommé Bertrand, est un caractériel tyrannique, doublé d'une incompétence flagrante, un équipier n’ayant jamais navigué et l’auteure, simple équipière et n’ayant donc pas droit aux décisions à prendre. Quel plaisancier n’a jamais commis d’imprudence (équipage non formé, matériel manquant, météo mal regardée…) mais l’écart entre force 6 et force 10 change les choses. Un homme à la mer par force 10 et une manœuvre d’homme à la mer par beau temps ne sont véritablement pas comparables… Encore vaut-il mieux avoir fait la seconde pour subir la première. Ce récit devrait rappeler à chacun que la mer n’est pas toujours prévisible et que les règles de sécurité ne concernent pas que les cours du permis côtier.

L’autre livre entrelacé dans ce récit est une sorte de description clinique de la psychopathologie du skipper. Si le vent a atteint force 11, la pathologie du skipper était du même niveau. En mer, cela peut devenir vite très dangereux. Probablement mentalement très malade, il avait de plus une expérience maritime trop limitée pour les conditions en présence. Entre lui et l’auteure, dans l’espace confiné d’un bateau de plaisance dans la tempête, c’est un psychodrame permanent. Et l’autre équipier, victime soumise et inconsciente, semble aussi hors-norme à sa façon. L’auteure est vétérinaire, donc pas spécialiste des pathologies mentales, et on regrette un peu de n’avoir pas en note le diagnostic d’un psychiatre.

Le troisième livre dans ce volume est une sorte d’auto-analyse post-traumatique par l’auteure. Elle a écrit ce récit plus de dix ans après les faits, temps sans doute nécessaire pour pouvoir les évoquer et « faire son deuil » de cette mémorable et sinistre aventure. Elle le fait avec l’humour que seul le recul de dix ans a dû permettre.

En achevant ce récit, on a du mal à croire qu’il est authentique. Faire face dans une tempête exceptionnelle au milieu du Pacifique, avec un bateau mal préparé, un skipper malade mental et un équipier incompétent est une expérience que l’on ne souhaite à personne. Nous tous voileux, équipiers ou skippers, avons eu parfois des expériences difficiles, mais là, cela dépasse l'entendement.

Tout plaisancier en tirera des leçons. Mais est-ce d’abord un livre de mer ? Oui bien sûr si l’on considère qu’un équipage est, au même titre que la mer, le vent et le bateau, un élément essentiel du récit de mer. Il y a là une riche matière pour les psychiatres et psychologues plaisanciers… et ils sont nombreux.

Mireille Pandolfi est revenue avec beaucoup de chance de cette incroyable et dramatique navigation au large de la Nouvelle -Calédonie qu'elle relate avec beaucoup d’émotions.Son livre qui se lit d'une traite tant il est "interpellant" doit être mis dans les mains des formateurs-skippers des écoles de formation à la croisière hauturière pour montrer tout ce qu'il faut ne pas faire dans les navigations au grand large

 

Jacques Rey et Jacques de Certaines pour la commission Livres De Mer

Bonjour et merci beaucoup pour l'intérêt que vous avez porté à mon livre. Tout d'abord, je veux attirer l'attention des marins sur ce nouveau type de tempête, dont la formation inédite est attribuée par certains, au réchauffement climatique. Les dépressions tropicales fortes HYBRIDES, qui se forment partout dans le monde en des lieux peu accoutumés à une telle violence, sont en effet très déroutantes et de plus en plus nombreuses. Comprendre qu'on est face à ce phénomène et pas dans une dépression "classique", induit une différence importante dans la décision de fuite, car la zone de répartition des vents destructeurs n'a strictement rien à voir ! Dans cette aventure, j'ai aussi découvert le "no limits" en termes de dépassement de soi, tant du point de vue de l'épuisement physique que de la peur viscérale face à la mort, présentée par des vagues de 15 m. Ce qui conduit à une inévitable interrogation sur le Destin, etc. Enfin, précisons que Bertrand, vague "relation de ponton", était absolument charmant... sur le plancher des vaches ! Que quelqu'un change à ce point me dépasse ! Mais je ne suis que véto ; le caractère des vaches est plus uniforme que celui des humains ! Je remercie mes lecteurs et leur souhaite de passer un bon moment ; c'est avec grand plaisir que j'accueillerai leurs éventuels commentaires.

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