Tara Tari, mes ailes, ma liberté - Capucine Trochet - Ed Arthaud - NDL

Tara Tari, mes ailes, ma liberté - Capucine Trochet - Ed Arthaud - NDL

Posté par : LIVRES DE MER
04 Octobre 2020 à 22h
Dernière mise à jour 10 Octobre 2020 à 00h
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Note de lecture :

TARA TARI, mes ailes, ma liberté... Le sous-titre annonce une histoire d'amitié gratifiante entre un navigateur et son voilier. La photo de couverture, qui montre un étrange bateau, minuscule, pointu et relevé aux deux bouts, au franc-bord dérisoire, suggère que ce couple-ci n'est pas banal. Délestée de l'inutile, je vogue en paix : la formule du bandeau annonce les couleurs du voyage intérieur.

Au début, on peut être presque hostile à ce texte : l’évocation de la maladie, le parti pris de simplicité et d’exposition de la souffrance qui peuvent mettre mal à l’aise et puis, très tôt au fil des pages, ce récit nous emporte, cette conception de la vie, la communion avec le milieu marin, l’amour et la reconnaissance envers son bateau. Celui-ci est vu non comme l’outil de l’aventure mais bien comme l’un des personnages avec ses besoins et son caractère : exceptionnel et beau, endurant et fragile, porteur de toutes les grâces et fauteur de trouble.

Voyage intérieur et relation fusionnelle avec un bateau pas comme les autres : ces ingrédients se retrouvent dans nombre de récits de navigation, qui font référence et restent durablement dans les mémoires, les bibliothèques de bord et les tables de chevet. Mais, il y a bien longtemps que nous n'avions eu entre les mains un livre où ils sont exprimés avec autant de force, de profondeur et de talent.

Au départ, il y a d'un côté TARA TARI, un bateau qui va mal, une barque de pêche rudimentaire du Bengla Desh réalisée avec des matériaux de récupération et du jute, la seule production industrielle de ce pays déshérité. Le Français, Corentin de Chatelperron,  qui l'a construite avec une ONG locale est parvenu à l'amener en France par ses propres moyens, mais il doit repartir rapidement sans avoir trouvé un avenir à TARA TARI. Et il y a Capucine TROCHET, une jeune femme qui va mal. Le rêve de participer à une Mini Transat, dans laquelle elle a mis toute son énergie, son argent et celui qu'elle a emprunté, vient de se briser sur l'émergence d'une maladie orpheline terriblement invalidante, et il s'est transformé en cauchemar de douleurs et de vie grabataire et douloureuse en centres médicaux pour handicapés majeurs. De la rencontre de l'une et de l'autre jaillit une histoire de deux vies qui se sauvent mutuellement.

Capucine apporte le courage de se lancer à l'appel de sa force vitale et de faire face aux innombrables défis de son voyage. Bien qu'elle ait du mal à tenir physiquement debout, elle apporte une formidable énergie, combinant frugalité, résistance, résilience, patience, à défaut de force et même d'aptitude physique. TARA TARI apporte avec une égale bienveillance, la frugalité d'un bateau simple et peu physique, à bord duquel on ne peut que ramper ou s'accroupir sur le pont, dans le cockpit ou le carré.

Le versant proprement marin du récit est déjà une belle histoire de navigation à bord d'un petit bateau sans aucun équipement mécanique ou électronique, sans pilote électrique, facilement submergé dès que te temps forcit, qui sera couché plusieurs fois dans la tempête subie dans les parages des îles du Cap Vert. Il aura fallu plusieurs semaines à l'équipage pour passer certains caps de Méditerranée, et 15 mois pour rallier Fort de France depuis La Ciotat.

Mais la force et le charisme de ce livre résident dans le sens qui est donné par Capucine à ces quinze mois. Donné, mais d'abord vécu par elle. Walk the talk (littéralement marcher le propos), disent les Américains. Avec des mots simples, mais joliment choisis, Capucine écrit les liens qui se forment avec son bateau, avec la mer et les éléments, le temps qu'il fait et le temps qui passe, les humains qui lui sont proches et les curieux rabattus par les médias. Une philosophie se dessine, vécue et profondément spirituelle, c'est-à-dire qui donne un sens – tout son sens - à la vie. Transformant la lenteur en douceur, distinguant le problème de la contrariété, en paix avec son bateau, avec elle-même et avec les autres, Capucine vogue reliée corps et âme au Vivant. Même au cœur de la pire tempête, décrite au plus près dans des pages d'anthologie.

Nous pourrions disserter sur la complexité de la pensée de l’auteure et de sa réflexion philosophique, sur sa volonté de fer, qu’elle ne peut avouer, sur la capacité de l’être humain quand il est démuni de tout pour trouver par l’intelligence et l’observation des solutions simples à des problèmes complexes de navigation. Cela aurait finalement peu d’intérêt car c’est un magnifique témoignage de vie !  Dès les premières pages, Capucine hypnotise par son courage, son énergie et sa force de croquer la vie. On imagine bien son vécu écrit avec tant d'émotions et de poésies malgré cette épreuve. Extraordinaire, quelle sacrée leçon... Et quelle thérapie pour les hommes et les bateaux.

Il faut lire ce livre comme nous avons lu Moitessier ou Bardiaux ou Nicolas Bouvier : pour le plaisir de l’aventure, l’émerveillement de la rencontre/découverte, l’ivresse de la vie et l’amour de la mer.

TARA TARI de Capucine TROCHET : un grand livre, un grand marin et une humaine qui fait honneur à l'espèce. Total respect.

À dévorer en écoutant la chanson de Féloche sur Tara-Tari

Jean-Michel Sautter, Maurice Bénichou et Rachelle Bellanger pour la commission Livres De Mer

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