Polynésie Française : où mettre son bateau en sécurité pendant la saison cyclonique

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Polynésie Française : où mettre son bateau en sécurité pendant la saison cyclonique
sujet n°115938

Pour les navigateurs traversant le Pacifique Sud l’une des questions centrales est « où mettre son bateau en sécurité pendant la saison cyclonique » qui dure de novembre à avril. Peut-on naviguer pendant cette période ? Ou à défaut quels sont les endroits les plus sûrs pour y laisser son bateau ?

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La parution en octobre 2015 d’une information de Météo France prévoyant un risque de cyclone de 90% sur la Polynésie française pour les prochains mois avait déclenché sinon une tempête réelle tout au moins un vent de panique parmi la population et les navigateurs de passage. Finalement, si les Fidji et les Cook ont été durement touchés, les archipels de Polynésie Française n’ont eu à subir que des dépressions modérées. Quel est donc le risque réel en Polynésie ?

 

La Polynésie française couvrant une superficie égale à celle de l’Europe de l’Ouest, la prévision de Météo France était équivalente à prédire qu’il y avait 90% de chances d’une tempête majeure sur l’Europe de l’Ouest pendant l’hiver à venir. Affirmation statistique qui n’aurait pas étonné grand monde et dont on voit immédiatement la portée limitée. En réalité, ce qui intéresse chacun d’entre nous est la probabilité qu’il y ait une tempête majeure précisément là où nous vivons.

 

Avec une statistique d’environ un arrêté de catastrophe naturelle par an pour chaque commune  du littoral français métropolitain, le risque de tempête y semble même plus élevé qu’en Polynésie… Toutefois, la violence et la taille des phénomènes cycloniques les plus importants doivent être pris en compte pour bien comparer les risques.

 

En tant que navigateur il faut donc procéder à une analyse plus fine par zone afin d’avoir une idée claire sur les risques encourus et les meilleures solutions de prudence.

 

  1. Analyse du risque cyclonique dans le Pacifique Sud

 

  1. Définition de la période à risque

 

La période cyclonique correspond à la saison chaude de l’hémisphère sud, qui dure d’octobre à avril. Toutefois, les mois les plus risqués sont janvier et mars avec des probabilités nettement plus faibles d’évènement majeur en début et en fin de saison. Lors des années El Nino la période propice à la formation de cyclone couvre l’ensemble de la saison chaude, avec des phénomènes possibles dès le mois d’octobre et jusqu’au mois d’avril. A l’intérieur de cette période, il faut donc se pencher quelle que soit l’année sur les conditions précises de cyclogénèse pour mesurer le risque.

 

  1. Conditions d’apparition des cyclones

 

Dans l’hémisphère sud les cyclones prennent naissance dans deux zones distinctes : la ZCIT, Zone de Convergence Intertropicale ou « Pot au Noir » , située légèrement au nord de l’équateur et la ZCPS, Zone de Convergence du Pacifique Sud qui s’étend en biais de la Papouasie au Sud-Ouest de la Polynésie. Pour qu’un cyclone apparaisse il faut impérativement :

  • une atmosphère fortement instable et humide, favorable au développement de l’activité convective (typiquement les conditions de la ZCIT et de la ZCPS)
  • une mer chaude (plus de 26,5°C) sur au moins 50m de profondeur
  • une dépression initiale

 

Pendant les années El Nino, l’eau chaude présente en surface et subsurface dans l’Ouest du Pacifique se déplace vers l’Est, augmentant ainsi la superficie sur laquelle les cyclones peuvent se produire. Cela se traduit par une augmentation très forte du nombre de phénomènes sur la Polynésie, alors que dans les années normales la Polynésie n’est quasiment jamais atteinte par ces phénomènes qui se produisent nettement plus à l’Ouest.

Enfin, le risque cyclonique s’accroît sensiblement au passage d’une onde de Madden Julian, vaste zone dépressionnaire qui traverse le globe d’ouest en est. Une telle onde met entre un et deux mois à passer sur la Polynésie.

 

Ainsi, le risque cyclonique en Polynésie Française est quasi nul en années normales, plus important pendant les années El Nino, et ne se matérialise généralement que lors du passage d’une onde de Madden Julian, ce qui se produit  une ou deux fois pendant la saison chaude.

 

  1. Zone concernée

 

En année normale, les cyclones n’atteignent quasiment jamais la Polynésie Française mais restent cantonnés à l’Ouest du Pacifique Sud et à l’Océan Indien.  Le Nord de l’Australie est particulièrement exposé, le Sud de l’Australie et la Nouvelle Zélande sont épargnés.

La Polynésie Française apparaît donc comme un endroit relativement sûr pour y laisser son bateau en années normales.

 

Pendant les années El Nino la Polynésie est plus à risque et il faut alors éviter certaines zones tandis que d’autres restent sûres de par leur position ou la qualité de leurs abris.

 

  1. Analyse du risque en Polynésie Française

 

  1. Analyse par zone

 

La plupart des assurances considèrent que la zone à risque dans le Pacifique Sud commence au 150° Ouest, ce qui inclut les Iles Sous le Vent mais laisse en zone non risquée Tahiti, les Tuamotus et les Marquises. Qu’en est-il dans les faits ?

 

  • Les Marquises, situées autour de 139° Ouest et 10° Sud les Marquise sont au sud de la ZCIT et au Nord Est de la ZCPS. Par conséquent le risque y est généralement considéré comme nul. Toutefois lors de l’épisode El Nino de 1982-83 des dépressions tropicales ont prix naissance juste au nord des Marquises, entraînant quelques dommages sur l’archipel.

 

  • Les Tuamotus, situés entre l’archipel de la Société et celui des Marquises, les Tuamotus sont généralement épargnés par les cyclones mais souvent sujets au passage de dépressions tropicales pendant la saison chaude. Etant donné l’absence de protection naturelle contre le vent et les marées, il faut être extrêmement vigilant dans cette zone.

 

  • Les Australes : situées au sud de la Polynésie, les Australes se trouvent sur le passage des cyclones en fin de vie et sont régulièrement affectées par les tempêtes.

 

  • Les Iles du Vent, Tahiti et Moorea, sont situées à la limite de la zone à risque mais bénéficient de très bons abris selon l’orientation du vent et de la mer.

 

  • Les Iles Sous le Vent, Bora Bora, Raiatea, Tahaa, Huahine sont considérées en zone à risque par les assureurs, notamment en raison des trajectoires que nous étudierons plus précisément ci-dessous. Toutefois Raiatea dispose d’abris relativement sûrs et d’un petit port à sec qui permettent d’y être en sécurité tant que le phénomène reste au niveau d’une dépression tropicale.

 

  1. Analyse des trajectoires

 

Les dépressions donnant naissance à des cyclones se forment généralement dans la ZCPS, au nord-ouest de la Polynésie. Elles suivent ensuite un trajet vers le Sud-Est, comme le montre la trajectoire du cyclone OLI (2010)

 

En années El Nino ces trajectoires prennent naissance plus à l’Est qu’en années normales et circulent entre l’archipel de la Société et les iles Cook. L’Ouest de la Polynésie et notamment les Iles sous le Vent sont donc potentiellement menacées en années El Nino.

 

En 1983, plusieurs dépressions sont nées dans la ZCIT au nord des Marquises, avant de se déplacer vers l’Ouest puis de virer au Sud-Est. Ces phénomènes ont donc touché l’ensemble de la Polynésie, mais cela n’est arrivé qu’en 1983.

 

  1. Les abris en Polynésie Française

 

  1. Aux Marquises

 

Comme nous l’avons vu précédemment les Marquises sont hors de la zone cyclonique. Toutefois l’archipel a été touché par des dépressions tropicales en 1983. Grâce à leur relief très encaissé les Marquises offrent de très nombreux mouillages protégés, notamment sur les côtes nord (effet de falaise qui bloque le vent). Le fond tombant de manière très abrupte et en l’absence de barrière de récif le principal risque est celui de la houle et de la mauvaise tenue de son mouillage.

Depuis peu un carénage a été ouvert à Hiva Oa. Les Marquises sont donc en passe de devenir non seulement un excellent abri où rester pendant la saison chaude, mais également un endroit où l’on peut sortir son bateau de l’eau pour le soigner ou le mettre à l’abri si l’on retourne quelques mois  chez soi.

 

  1. Aux Tuamotus

 

Contrairement au reste de la Polynésie les Tuamotus n’offrent aucune protection contre les phénomènes météorologiques violents. En cas de marée cyclonique la houle dépasse la barrière de corail et on se retrouve donc non plus au milieu d’un lagon mais en pleine mer, avec en plus des récifs tout autour de soi. Ce n’est clairement pas une bonne solution ! Toutefois il existe à Apataki un chantier de carénage très sérieux qui dispose de quelques emplacements pour y laisser son bateau. Les bateaux sont sanglés au sol sur un terrain situé 1mètre au-dessus du niveau de l'eau.

 

  1. A Tahiti et Moorea

 

Durant la saison des alizés on constate de fortes accélérations côtières du vent d’Est le long des côtes nord et sud e Tahiti et Moorea.

A l’inverse, comme nous l’avons vu dans l’étude des trajectoires, les dépressions tropicales et cyclones circulent généralement à l’Ouest de Tahiti, dans le couloir entre les Iles Cook et l’archipel de la Société. Les vents sont donc d’abord de nord-nord-ouest puis virent au sud une fois que le phénomène est descendu au sud de l’archipel.

Dans ce cas, les côtes nord et sud offrent de très bons abris grâce à l’effet tampon des montagnes. Ainsi on trouve les abris suivants :

  • côte nord de tahiti : marina du centre-ville et yacht club de tahiti à Arue
  • côte sud de Tahiti : baie de Taravao
  • côte nord de Moorea : baies d’Opunohoo et der Cook

 

La marina Taina, située sur un spot superbe de la cote ouest de Tahiti est bien protégée des alizés mais est dangereuse en cas de cyclone.

 

  1. Aux Iles sous le Vent

 

Comme Tahiti et Moorea les Iles Sous le Vent sont protégées à la fois par la barrière de corail et par leur relief. Toutefois ces iles sont nettement plus en risque que le reste de la Polynésie Française et leur relief plus bas que celui de Tahiti offre une moins bonne protection. On peut cependant se mettre à l’abri dans les baies encaissées et Raiatea offre également 2 marinas et un carénage.  Avant d’y laisser son bateau il faut valider avec son assurance que celle-ci vous couvrira, car la plupart considèrent les Iles Sous le Vent comme étant en zone à risque donc non assurée…

 

Conclusion

 

La Polynésie Française dans son ensemble est généralement très peu soumise au risque cyclonique. Ce risque augmente fortement lors des années El Nino.

 

A l’intérieur de la Polynésie, les Marquises ne sont pas en risque. Les Tuamotus et les Australes offrent peu de protection et peuvent se trouver sur le chemin de dépressions voire de cyclones.

 

Tahiti et Moorea offrent des abris sûrs et des infrastructures techniques.

 

Les Iles Sous le Vent sont dans une zone plus risquée et les protections naturelles ainsi que les infrastructures plus faibles qu’à Tahiti. On y trouve néanmoins un chantier de carénage, deux marinas et quelques bons mouillages dans les baies encaissées.

 

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Tags: 
Pacifique Sud; saison cyclonique; cyclone; el nino; el nina; Polynésie Française
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AMEL MARAMU (Monocoque)
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réponse n°282497

merci de votre anaylse tres complete

je dois laisser mon voilier de decembre a mars et me demande si bien mouille aux gambier .... les coups de vent y sont finalement rares et les cyclones ...quasi inexistants!

qu'en pensez vous ?

il y aurait il sur place moyen de negocier une surveillance ?

merci

Babooshka

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