PLAISANCIERS, les mal-aimés de Polynésie ?
2026 trimestre 3
Sylvie en haut du mât à BORA-BORA

La sanction est tombée le 1er septembre 2026.
- -Les voiliers non polynésiens de moins de 24 mètres ne disposent plus que de 12 mois d’admission temporaire en Polynésie française, contre 24 mois auparavant. Au-delà, il leur faut quitter le territoire, ou dédouaner le bateau localement soit 7 à 8% de sa valeur (« papeetiser » dans le jargon marin).
- -Les grands Yachts de plus de 24 m conservent leur 36 mois.
- -Pour pouvoir revenir sous le régime d’admission temporaire, un bateau doit désormais quitter le territoire pendant au moins six mois et justifier d’une entrée dans un territoire étranger.[service-public]
Rappel: ces 12 ou 36 mois concernent le bateau, pas automatiquement le droit de séjour des personnes à bord : les formalités d’immigration sont distinctes.[gouv]

Comment avons nous vécu cette atmosphère?
Celle de réalités administratives et maritimes qui viennent, hélas, mettre à mal la dimension humaine d’ îles, jadis réputées idylliques.
Nous vous racontons.

Juin 26: Nous arrivions dans l’archipel de la Société avec une certaine appréhension.
Les réseaux sociaux bruissaient d’histoires de mouillages interdits, de voiliers indésirables, de navigateurs poussés dehors et d’une Polynésie française qui ne voudrait plus de nous.
Correction ! d’un seul archipel, celui de La Société qui ne voulait plus de nous , car le plaisancier est fort bien reçu dans les autres… quand la météo le permet.
La réalité que nous avons vécue fut bien différente. Nous y avons trouvé des sourires, de l’entraide, de belles rencontres, des services utiles, du ravitaillement, des artisans, des professionnels du nautisme, des happy hours à n’en plus finir…

Mais derrière cette expérience humaine heureuse, une question demeure : les plaisanciers sont-ils réellement mal aimés dans les îles de la Société, ou sont-ils devenus les acteurs les plus visibles d’une crise plus vaste — celle des mouillages saturés, des épaves, de la pression touristique, du manque d’infrastructures et de la protection nécessaire des lagons ?

Clôturons tout de suite les quelques mythes des îles soigneusement entretenus par les brochures touristiques.
- Primo: La vahiné filiforme et lascive figée dans le fantasme occidental n’existe (pratiquement) plus. Toujours aussi coquette, elle est « enveloppée ». Ce qui n’obère en rien sa passion pour la danse, le chant et la fête. Pour vous en convaincre visionnez sur You Tube un des spectacle du magnifique festival des arts et de la danse annuel , le HEIVA . Rajouter à cela le romantique ukulélé aux happy hours (sur les terrasses huppées)…
- Secundo: Les paysages, eux, sont bien au rendez-vous. Les lagons offrent des couleurs parfois irréelles ; les montagnes volcaniques surgissent derrière les baies ; les plages blanches rappellent les Tuamotu tandis que les reliefs évoquent, par instants, les Marquises.
- Tertio: la densité humaine (INSEE 2022) L’archipel de LA SOCIETE compte 245 987 habitants répartis comme suit:
- îles du Vent 209 980 habitants
- -îles sous le Vent 36 007 habitants)
Les autres archipels sont des déserts à côté : Tuamotu 15 159. Marquises 9 478. Australes 6 592. Gambier 1 570.
Total de la Polynésie Française 278 786 habitants (INSEE

Marina de Papeete
Les îles du vent: Tahiti, Moorea
À Tahiti 191 779 habitants, exclusivement sur les côtes
La circulation y est surréaliste sur les 120km de la route qui font le tour de l’Ile (presqu’ile non comprise). La file continue de voitures et de SUV neufs, (subvention de la métropole), les zones commerciales, l’urbanisation importante et le rythme sont ceux d’une véritable capitale régionale.
- Nous n’avons pourtant pas bouder notre plaisir. L’intérieur, les montagnes de Tahiti, est désert, totalement inhabité. Rando botanique en 4/4 d’une journée. Sublime!
- Tahiti offre ce que le voyageur en mer finit par apprécier avec une gratitude particulière : du ravitaillement, des magasins, des pièces détachées, des soins, des transports, des librairies, des vêtements, des restaurants, des services administratifs, des chantiers et toutes ces petites choses de la civilisation qui deviennent précieuses après de longs mois de navigation.
- Croix du Sud a eu droit à un gréement tout neuf en dyneema filamentaire (posé par Benoit Parnaudeau; Vendée Globe 2004!)
- Et rendez-vous compte : nous sommes même allés au cinéma (pour Meryl Steep toujours aussi divine dans Le diable s’habille en Pravda II ).


Le cœur montagnard et désert de Tahiti
Moorea, 17 858 habitants deuxième île du Vent,
- Elle est à la fois proche de Tahiti et très différente. Elle en est le prolongement résidentiel et, pour certains, une banlieue chic ; mais elle demeure aussi une magnifique île de montagnes, de baies et de lagons. Elle donne le sentiment d’un équilibre plus doux : le dépaysement est là, tout comme l’accès aux services tout près de la capitale.
- Nous y avons participé à un chouette rallye (Le Tahiti-Morea-Sailing) qui soutient localement des jeunes en réinsertion.

Moorea
Les îles sous le vent

Puis après 20 heures de navigation vers l’OUEST viennent, une à une, les 5 îles magnifiques Sous-le-Vent :
- Huahine, 6263 habitants
- Raiatea 12 388 habitants
- Taha’a sui partage le même lagon 5296 habitants
- Bora Bora 10 758 habitants
- Maupiti (et ses micro-atolls) 1 302 habitants
Çhacune a sa personnalité, avec un équilibre très plaisant entre exotisme, vie insulaire et confort pratique.

Le jardin de corail de Taha’a
A Raiatéa, coup de cœur, la « bonne taille ». une Polynésie qui n’est ni totalement sauvage, ni totalement urbaine. Nous nous y déplaçons en faisant du stop quasi instantané. Cool!
Son joyau historique: le plus grand Marae du Pacifique, lieu de culte au centre du triangle spirituel Hawaï - NvelleZélande - Ile de Pâques (Taputapuātea- UNESCO Patrimoine mondial)
- Boulangerie à se pâmer, toute la gastronomie française et locale. Ah les fromages!! Opticien(s) ostéopathe(s), réparateur de téléphone aux doigts de fée…etc… etc… bref magique !!!
- Nous y avons sorti Croix du Sud au chantier CNISLV (Chantier Naval des Îles Sous Le Vent) pour sa reprise de beauté annuelle.
- Nous y avons même fait un magnifique stage d’apnée. DEEP ZEN, avec Adrian instructeur AIDA.
Voilà c’est dit. Attaquons le vif du sujet.

Chasse aux sorcières?
Au mieux, voyons dans la réglementation du 1er septembre 26 une volonté de lutter contre les bateaux durablement stationnés, les épaves, les propriétaires absents et l’occupation prolongée des mouillages.
Mais cette règle affecte aussi le voilier de voyage qui traverse lentement le Pacifique oriental (1 mois), attend une saison cyclonique, effectue des réparations ou souhaite simplement découvrir les archipels (la surface de l’Europe tout de même!) avec le temps nécessaire.
Cécile prolixe gérante du shipchandler MMS (Marquises Maintenance Services) de NukuHiva ( à 700 de m de l’hôpital) le martèle: «Après 1 mois de navigation hauturière, les navigateurs se soignent et soignent leur bateau en arrivant enfin aux Marquises. Limiter à quelques jours les mouillages est irréaliste, voire dangereux ».

Changement du gréement de Croix du Sud à la Marina de Papeete
Les plaisanciers : un problème ou une ressource ?
Le débat est vif, souvent caricatural et rarement posé sereinement.
- Problème:
D’un côté, certains esprits chagrins voient les voiliers comme des occupants de lagons déjà encombrés. Ils s’inquiètent des ancres (chaînes) proches des coraux, des eaux noires, des déchets, du manque de places au mouillage et de certains bateaux laissés à l’abandon par des propriétaires absents, malades, insolvables ou disparus.
- Ces inquiétudes ne sont pas absurdes.
Une ancre jetée sans attention peut endommager le corail. Les eaux noires, les hydrocarbures, les déchets, les peintures, certains produits ménagers et les rejets mal maîtrisés peuvent polluer les lagons, en particulier dans les baies peu renouvelées ou fortement fréquentées.
Les épaves, quant à elles, constituent un problème à part entière : elles encombrent, polluent potentiellement, détériorent les paysages et créent une image désastreuse de la plaisance.
Mais il est injuste de confondre tout le monde.
- Il existe une différence majeure entre un voilier de voyage autonome, équipé de cuves, qui dépose ses déchets à terre, entretient son bateau, paie ses services et respecte les fonds, et une épave abandonnée ou un bateau-logement permanent sans entretien.
- Ressources
Le plaisancier qui vit réellement à bord fait fonctionner une économie locale très concrète. Il achète du carburant, de l’eau, du gaz, de l’alimentation, des pièces mécaniques, de la chaîne, des cordages, des voiles, de l’électronique, des matériaux, des services de chantier, des taxis, des restaurants, des excursions et parfois des billets d’avion.
Il fait travailler les taxis (et rares transports en commun) artisans, les mécaniciens, les soudeurs, les voiliers, les shipchandlers, les pêcheurs, les petits commerces et les professionnels de la mer.
Cette économie est moins spectaculaire que celle des grands hôtels-resort ou des paquebots, mais elle est aussi plus généreuse. Elle irrigue directement de nombreux services locaux.

Voiliers versus paquebots
Les paquebots et les hôtels de luxe génèrent évidemment de l’activité. Mais leurs retombées ne se répartissent pas de la même manière : une partie importante des dépenses reste concentrée dans les structures intégrées, les boutiques de bord, les excursions organisées ou les complexes hôteliers et ne profite pas à grand monde.
Le plaisancier, lui, vit davantage à terre et dépense dans la durée.
La question ne devrait donc pas être : « comment chasser les voiliers ? » Mais plutôt : « comment accueillir les navigateurs responsables tout en protégeant efficacement les lagons et les habitants ? »
ESCALES et le grand mystère des mouillages sur bouées escales.gov.pf
Hormis ports et marinas, certains pays réussissent mieux que d’autres l’exercice scabreux du mouillage payant sur bouées sur quelques unes de leurs côtes.
Reste que payer une redevance chaque soir est irréaliste tant pour le porte-monnaie du navigateur que pour les infrastructures pour l’obtenir, nous allons le voir ci dessous. Que donc on se rassure…
Retour en …
Mars 2025: ESCALES
Avant notre départ de Panamá, pleins d’enthousiasme et désireux d’être exemplaires, nous avons contacté la direction de l’ESCALES.
escales.gov.pf « Le portail unique d’autorisation d’escale maritime, pour préparer et réserver en Polynésie Française ».
Le site internet, émanation de la Direction Polynésienne des Affaires Maritimes était joli. Il laissait entendre qu’on pourrait y effectuer… l’ensemble? , une bonne partie? lesquelles? des démarches d’entrée et de sortie du territoire.
Le projet semblait ambitieux… au total nous souhaitions savoir (vraiment) quelles seraient nos obligations à notre arrivée dans les eaux polynésiennes.
La réponse fut courtoise : le système n’était pas encore en place ; il fallait consulter régulièrement le site à partir de juin 2025.
Juin 2025, ASVP Association des Voiliers de Polynésie
Nous arrivions à Hiva Oa. Nous arborions fièrement notre adhésion à la toute jeune Association des voiliers en Polynésie, dont l’objectif affiché était notamment de défendre les intérêts des navigateurs auprès de l’administration.
MMS-Marquises Maintenance Service (agence d’HivaOA- Marquises SUD): Vincent en est le gérant. C’est le seul chantier des Marquises qui en plus, merveille des merveilles, est capable de sortir les bateaux.
Nous lui achetions 80m de chaîne galvanisée, (au tarif prohibitif de Polynésie) ce qui ( de ce fait, nous semblait-il) nous octroyait le droit de lui demander ce qu’il pensait de « la situation » Il fut visiblement gêné. Il avait démissionné de l’association : on lui aurait demandé (en sous-main) de devenir à la fois acteur du projet et possible gestionnaire local de futurs mouillages. Difficile, en effet, d’être juge et partie.
Novembre 2025- Mars 2026 : Saison cyclonique- protégée aux Marquises
Nous cabotions toujours sans aucune difficulté.
Il en était de même pour les copains des Tuamotu et Gambier et l’unique audacieux qui avait atteint les lointaines Australes. (Merci les précieux WhatsApp locaux : le tam tam de l’ère Startlink).
Mais les amis remontés de l’archipel de la Société pour se protéger de la saison cyclonique rapportaient des expériences plus mitigées. Ici ou là, « on » leur avaient fait grise mine, « on » leur avait demandé de payer pour des bouées. Mais qui étaient ces mystérieux « on » ?
Notoirement certains resorts ( hotels de luxe), agitateurs de l’opinion publique, qui ne veulent pas de voiliers devant chez eux. Ils gâchent la vue de leur clientèle qui a payé pour se croire seule au monde. Quant aux paquebots qui veulent avoir la place de manœuvrer dans ces beaux lagons très prisés.
La réponse nous est venue lors d’une consultation publique à Nuku Hiva (MarquisesNord)
28 janvier 26 Consultation publique à Nuku Hiva
La directrice de l’ESCALES était venue en personne présenter son projet à Nuku Hiva, capitale des Marquises. La salle était pleine : pêcheurs, plaisanciers, artisans du nautisme, professionnels de la mer.
Les élus, eux, étaient prudemment absents : ils avaient, semble-t-il, eu droit à une séance privée pendant le déjeuner.
Pour eux, la question cruciale semblait être : puisque les plaisanciers paieraient en ligne (à Papeete) quel argent leur reviendrait une fois les frais de fonctionnement du dispositif payés? Existerait -il une quelconque rentabilité ou le système devrait il perpétuellement être subventionné ?»
Et pour les frileux ou les clairvoyants « si une bouée venait à lâcher et que le bateau aille à la côte, qu’elle pourrait être la responsabilité de la mairie?».


Le ton était donné dès l’introduction :
- Aujourd’hui, l’ESCALES, c’est trois personnes. Nous manquons cruellement de moyens pour avancer. »
- Le projet n’en était alors qu’au stade des consultations publiques. Il fallait rencontrer les maires, comprendre les contraintes locales, recenser les sites potentiels, déterminer le nombre de bouées nécessaires, examiner les fonds, les courants, les accès, les zones sensibles et les dangers particuliers — comme les requins dans les eaux troubles de la baie de Nuku Hiva.
- Ensuite viendraient les appels d’offres publics. Dans le meilleur des cas, rien que pour ça, il faudrait compter au moins dix-huit mois.
- Il faudrait choisir le matériel, installer les mouillages, organiser le rythme de son entretien, prévoir les assurances, définir les responsabilités et mettre en place la réactivité de la gestion en ligne H24/ 360 j/an…
- Le fonctionnement envisagé semblait en effet largement reposer sur la réservation et le paiement en ligne. Mais une question essentielle restait sans réponse : qui surveillerait réellement les mouillages sur l’eau ?
- Qui serait mandaté ? Qui serait habilité ? Qui interviendrait en cas de problème ?
- Qui contrôlerait l’état des bouées ? Qui vérifierait qu’un bateau n’occupe pas une zone dangereuse ou protégée ?
- Et qu’un autre n’est pas sur ancre gratuitement pas loin.
La directrice insistait : Rien n’est encore décidé .
Donc, si aujourd’hui vous payez une bouée, ce n’est pas l’ESCALES. »
Cette précision était importante.
- Le diaporama projetait chaque île des Marquises avec un nombre « discutable » de bouées. Dans la salle, Pierre, Paul et Jacques bondissaient : « Où sont-elles ? » « Qui les a installées ? » « Elles ne sont pas là ! »
- La réponse était embarrassée : ce n’était pas à l’échelle, ce n’était qu’une représentation indicative, une projection.
- Les pêcheurs auraient leur dispositif particulier. Les résidents et les travailleurs vivant à l’année à bord auraient, eux aussi, un régime distinct.
Restait le cas des navigateurs de passage.
Pour nous, les questions essentielles étaient simples tant de fois égrenées:
• Quelle serait la fiabilité réelle des bouées et de leur entretien ?
• Comment gérer l’arrivée d’un second bateau cherchant refuge sur la même bouée à l’approche d’un coup de vent ?
• Serait-il permis de mouiller temporairement à proximité en cas de nécessité météo ?
• Les criques et baies non équipées seraient-elles interdites de mouillage ?
• Qui viendrait le constater et le faire respecter ?
• Quelles solutions seraient proposées lorsqu’aucune bouée n’est disponible ?
• Comment concilier une application stricte des règles avec la réalité de la météo et de la sécurité en mer ?
Sur ce dernier point, le silence fut assez parlant.
- Une bouée payante peut être parfaitement légitime. Mais elle doit être dimensionnée, entretenue, inspectée et adaptée aux bateaux réellement présents. Une bouée ne se résume pas à un flotteur blanc sur lequel on accroche son bateau avec confiance.
- Elle implique une chaîne, un corps-mort ou un ancrage correctement calculé, des manilles, des émerillons, une ligne, un système de protection contre le ragage, une profondeur connue, une charge admissible claire et un entretien documenté.
- Surtout, elle doit s’inscrire dans un système cohérent : zones de refuge, plan B lors des épisodes de mauvais temps, surveillance humaine, collecte des déchets, gestion des eaux noires, gestion des bateaux abandonnés et présence d’un interlocuteur responsable.

En Apparté, LA CLÉ ?
À la fin de la réunion, alors que nous nous éclipsions discrètement, la directrice nous rattrapa sur le palier; Elle avait visiblement appréciée nos questions pondérées . Elle nous encouragea, une fois encore, à consulter le site internet — qui ne fonctionnait toujours pas vraiment — pour y à faire remonter nos questions et nos suggestions.
Fort de cette empathie inattendue, nous avons alors posé une question… évidente :
- Nous: Mais pourquoi tout ce grand chambardement au coût forcément exhorbitant ?
Ce serait tellement plus simple et moins coûteux d’affecter un bateau ET un emploi sur chacune des 6 îles. Les marquisiens n’ont rien localement. Pas même un quai en bon état. Pour nous alerter que le tsunami allait arriver en juin 25 le policier municipal a dû emprunter le bateau d’un pêcheur!
Voir notre billet sur ce même blog STW « TSUNAMI 2 mois après »
- Réponse
Nous n’avons aucun moyen de connaître le flux des plaisanciers donc un outil en ligne serait la solution .
- Nous
Vous n’avez aucun moyen de savoir qui entre et qui sort des eaux polynésiennes ?? Pourtant, nous faisons tous notre clearance d’entrée et de sortie.
- Réponse
Silence gêné.
Sur le territoire, nous ne recevons pas ces informations. Les administrations sont très cloisonnées, vous savez!.
Voilà peut-être le cœur (coûteux) du problème…


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Bora Bora : quand le mouillage payant devient un vrai service
Au total, avons-nous payé quelque part ?
Oui : à Bora Bora. Et, là, nous avons trouvé le système très bien organisé.
- Cinq zones généreuses de bouées sont administrées par une société privée sous contrat municipal. Le navigateur paie le nombre de jours souhaité auprès du harbour master. Où que l’on s’amarre, il est au courant et vous accueille, explique, conseille : c’est son job,(un emploi-un bateau).
- Une fois enregistré, le plaisancier se déplace à volonté d’une zone à l’autre et prolonge son séjour (et son obole) si nécessaire. Le système est clair, poli et lisible.
- Deux jours par semaine, le gestionnaire passe également récupérer les poubelles, à une heure matinale. Cela peut sembler modeste, mais c’est exactement le type de service qui donne du sens à une redevance de mouillage.
- L’ancrage est interdit dans la plus grande partie du lagon de BORA sauf dans une petite zone située au nord, relevant du dispositif futur d’ESCALES qui, à notre passage, n’était donc pas encore fonctionnel.
- Nous avons pu observer, pendant deux jours, l’entretien des bouées devant le Yacht Club (à ce moment là). Du travail de professionnels, avec les moyens adaptés. Des plongeurs, des bateaux de service, des interventions visibles, une vraie maintenance.
Voilà ce qui fait la différence. 4000 XFP 35 euros pour un stationnement sécure, poubelle et taxe de séjour. (Voir sanitaires à terre au moins pour 2 sites).
À Bora Bora, le paiement ne donnait pas le sentiment d’une taxe arbitraire. Il finançait un dispositif concret : des bouées, une organisation, un interlocuteur, une collecte de déchets et un entretien réel. Ce n’était plus une interdiction posée sur l’eau ; c’était un service.

Aout 26 Un seul incident à Raiatea
Avons-nous été embêtés ailleurs ?
Une seule fois, à Raiatea (côte Ouest) , au joli mouillage turquoise face aux 2 chantiers (≈1300m). Un site parfait dans un endroit officiellement répertorié sur la cartographie du SHOM pour 11 ancrages: sur fond de sable blanc à moins de 2 m, sans une once de corail. 16*43’752. 151*29’611
- Un dimanche, quelques individus connus des autorités sont venus demander à des plaisanciers de déguerpir. Selon les explications reçues, les samedis peuvent être marqués par l’alcool et la drogue, et les dimanches « contrecoup » par une agressivité qui retombe sur les bateaux présents dans cette baie devant chez eux.
- Le maire avait d’ailleurs un WE précédent déjà présenté des excuses publiques suite au saccage de 2 voiliers (filmé par les voisins et largement mis en ligne) et assuré que les plaisanciers étaient les bienvenus.
- Le mécontentement local était aussi alimenté par l’existence d’un individu soi disant récupérateur d’épaves qui en fait dépouillerait des bateaux abandonnés pour revendre les pièces détachées, avant de laisser certaines coques en perdition dans le lagon.
Encore une fois, il faut distinguer.
Un bateau abandonné, dépouillé, dangereux et polluant, n’est pas un voilier de passage entretenu par un équipage qui navigue, achète localement, gère ses déchets et respecte le pays qui l’accueille.
Mais, vu depuis la terre, tout cela peut se mélanger dans les esprits chagrins: les bateaux, les épaves, les déchets, les mouillages saturés, les propriétaires absents, les touristes de passage.
C’est précisément pourquoi les pouvoirs publics doivent organiser, contrôler et expliquer — plutôt que laisser les habitants, les professionnels et les navigateurs se renvoyer la responsabilité.

Alors, les plaisanciers sont-ils mal aimés ?
Nous ne quitterons pas les îles de la Société avec le sentiment d’avoir été rejetés…
Nous y avons rencontré de la gentillesse, de l’humour, du professionnalisme, de la musique, de la beauté et une qualité de vie insulaire rare. Nous y avons aussi trouvé ce juste équilibre, précieux pour les voyageurs au long cours, entre le dépaysement, la sécurité, le confort, les services et la possibilité de réparer, ravitailler et continuer à naviguer.
….mais nous repartons avec une interrogation.
Comment un territoire maritime aussi vaste, dont l’histoire, la culture et l’économie sont profondément liées à la mer, peut-il accueillir durablement les navigateurs de passage sans les réduire à des occupants encombrants ?
- La réponse ne réside sans doute ni dans le laisser-faire, ni dans la chasse aux voiliers.
- Elle passe par des mouillages sûrs, entretenus et adaptés aux réalités de la météo ; par des zones de repli lorsque les conditions l’exigent ; par une gestion ferme des épaves ; par des infrastructures pour les déchets et les eaux noires si nécessaire ; par des règles claires, connues et appliquées à tous ; par une meilleure circulation de l’information entre les administrations ; et, surtout, par la reconnaissance qu’un plaisancier responsable ne vient pas seulement occuper un lagon.
Une tradition d’entraide
Le voyageur des mers vit, consomme, échange, répare, découvre, respecte et contribue, à sa mesure, à la vie des îles où il s’arrête.
Et souvent ce soit-disant mal aimé de l’archipel de LA SOCIETE aide localement à réparer, construire, transporter. De tout temps, les navigateurs sont venus en aide aux locaux et réciproquement.
La « livraison » d’un grand-père
MoonShoot, un magnifique Outremer 55 du Rallye GrandLarge s’était porté volontaire pour récupérer à MAUPITI le grand père de l’unique famille vivant sur MOPELIA; Le pauvre attendait de rentrer chez lui depuis 5 mois.
MOPELIA est la 6ème des Îles sous le Vent, la plus septentrionale, totalement oublié des circuits officiels en raison de son éloignement et de sa passe difficile. Le catamaran a attendu 3 semaines une météo favorable pour accomplir sa mission. Le Grand-père a retrouvé sa fille et son petit fils.

Et vous que pensez-vous de tout celà ? Faites-nous vos commentaires. Nous serons ravis de vous lire.
À bord de Croix du Sud les Seniors Des Flots vous embrassent.
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