Rigless Joe en Grèce à motocyclette

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ABACAXI (15m ALU GARCIA comme un grand Maracuja )
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Rigless Joe en Grèce à motocyclette
sujet n°110472
Le bateau sur cales, une to-do list à rallonges; il fallait bien s'octroyer un peu de vacances entre deux séjours de travail; Allez je t'emmène faire le tour de Grèce.
Si l'histoire te plait, je mets en ligne les deux épisodes suivants du même tonneau. 

Bon Voyage 




Rigless Joe en Grèce à motocyclette.
Episode 1/3.

J’étais enfin en vacance de forage. Quelques jours auparavant, motocyclette chargée, huile à peu près au niveau, pneu AR à peu près moyen (moyen-plus pour être précis), toujours un peu de jeu dans le sélecteur, mais quoi, sur ma Harley Ferguson qu’est-ce qui ne brandouillait pas un peu ?
Et puis zut, à trop prévoir on risque de ne rien entreprendre, alors comme dit le copain Pierrick, tiens bon le guidon, la roue arrière suivra.
Je m’élançais vers la Grèce antique, celle des origines, le pays des géants, des Dieux, et des Déesses qui savaient parler et aimer les hommes ordinaires pour en faire des héros. Cinq mille kilomètres pour une boucle motocycliste, 30 000 stades routiers d’Eratosthène. Celui-là même qui mesura le méridien terrestre avec une erreur de pas même 0.8% ! 200 ans avant le petit baigneur.
Ça remet l’armée mexicaine Schlumbergesque à sa juste place, quand tu recadres la précision de l’ancêtre sur nos appareils de forage.

Je vais conter l’histoire pour ceux que l’histoire, même en courant, ne rattrapa jamais dans les cours de récré.
Planquons la bécane dans les chênes verts derrière l’oliveraie, faut pas violer le temps par anachronisme, car on vient d’arriver en -200 et quelques avant le petit jésus. La virgule « et quelques » parce qu’on ne sait plus bien comment on comptait les dates a cette époque, chaque cité-état avait son propre calendrier.
Soleil de plomb, chaleur torrrrride, Eratosthène Grec de Lybie, est enfin à Syène (2) afin d’emprunter quelques manuels pour sa Bibliothèque d’Alexandrie. Oui, l’Egypte est Grecque depuis un siècle. Tiens tu le vois, puisant l’eau dans le puits au bord de l’agora. Il remarque qu’aujourd’hui, il n’y a aucune ombre au fond du puits, le Soleil est pile à la verticale. Ce qui n’arrive qu’une fois par an, tous les 365.25jours. Oui, on sait déjà depuis les mésopotamiens des milliers d’années donc, la durée exacte d’une année et pour le coup, avec le virgules. Une longue histoire de transmission de savoir jamais perdu.
Chargé donc de papyrus ; le brave Eratosthène rentrera ensuite à Alexandrie. Il y fait moins chaud et puis c’est là-bas qu’on trouve les meilleurs interprètes du hiéroglyphe vers le Grec.
A Alexandrie, mais en comptant ses pas car il doit mesurer la distance exacte entre les deux villes. Pour les bleubites, le GPS n’existe pas, pas plus que les portables et dans le ciel, y’a que des Dieux et des Déesses. Grâce à eux les gens savent où ils en sont. Aujourd’hui, grâce au Global Positionning system, ils savent juste où ils sont, au cm près mais plus du tout dans leur propre existence. C’est de la quantique, plus tu connais la position d’une particule précisément moins tu sais à quoi elle ressemble et inversement. Mais revenons à l’essentiel, en vérité, lui il est sur le chameau et le type en bas qui tient la longe du chameau, marche en comptant ; soudain :
- Eh l’égyptien, ce pas là tu me le refais, trop court ! Et tu le vires de la tablette.
- Maître Eratosthène, un peu plus court un peu plus long, y’en a tellement à faire jusqu’à Alexandrie,
- Un pas, c’est pas un pas à peu près, l’Egyptien !
- Je comprends pas, maitre, personne ne verra !
- Le maure, un pas n’est pas approximatif. Dans ton crane, il y a un œil de cyclope appelé conscience, c’est lui ton superviseur. Et si tu ne comprends pas, c’est que ton cyclope est borgne. C’est même grâce à cet œil que la civilisation elle est grecque mon Bonhomme, que ma langue existera dans 5000 ans en ayant fait plein de petites.
L’ancêtre de Sarrazin dodelina de la tête vide, re-mesura son pas fatigué en pensant : ils sont fous ces Grecs.

Un an plus loin, oui ma Harley franchit l’espace temps, on retrouve le vieux sage sirotant un vin frais résiné avec son copain barbu poivre et sel, leur regard captivé par la démarche souple d’un péplos entrouvert qui laisse deviner une cuisse légère ; en fait plus une danse qu’une marche. Un sautillement aérien où sous le bout de talon effleurant le sable, le sein menu tressaute sous le tissu comme un gémissement de désir ; la cuisse tout à coup découverte atterre les deux bonhommes désormais à la dérive. Ouf ! Comme une bouée salvatrice, un petit sein à peine dénudé leur taquine la pupille dilatée et les ramène bien raide sur terre. La belle échappe un regard polisson et s’enfuit à l’ombre de l’obélisque rajuster sa spartiate avec lenteur en dévoilant un peu plus sa cuisse quasi parfaite.
Eratosthène lance :
- Cette petite poupée d’ébène je lui ferais bien l’amour !
- Tu veux dire, que tu lui ferais volontiers l’amour !
C’est presque midi pile au sablier. Les gens sont civilisés, ils courent vers la sieste, et le péplos désormais superflus qui git au pied de la couche. Oui le Sarrazin n’avait pas encore gaspillé les mœurs civilisées multimillénaires à coup de minarets et de niqabs de mort.
- Mais dis donc, regardes l’obélisque ! lance Eratos’.
- Eh quoi, t’as raison, des jambes pareilles faudrait les sculpter en marbre noir.
- Non Couillon, regardes elle porte une ombre, l’obélisque. Tu te rappelles, juste plein Sud il y a un an, dans le puits de Syène, le Soleil était à la verticale !
Eratosthène connaissant la hauteur de l’obélisque se précipita pour mesurer la longueur de l’ombre et toucher quelque mots à la belle ingénue. En trois traits de sa baguette dans la sable, il en déduisit la circonférence de la planète à 0.8% près ; une triviale histoire de sinus, car tout le monde savait à cette époque que le sinus n’avait rien à voir avoir le rhume des foins.
Ce qu’il advint de la belle ingénue polissonne ? Ce qu’on sait c’est que la fibule qui maintenait en place sa minirobe en mini tissu était vraiment défaillante et que le vieux savant ne rentra plus en Grèce. Le bruit courut que devenu aveugle, il se laissât mourir de faim car il ne pouvait plus contempler les étoiles. En vérité je te le dis, c’est les courbes des passantes qu’il ne pouvait plus admirer. Les déesses ne se reflètent jamais aussi bien que dans le miroir des yeux des hommes.

Allez en selle; embarques derrière moi sur la motocyclette, allons voir si la Pythie est toujours là pour distiller ses énigmes sur l’avenir. Delphes donc, nombril du monde et pièce maitresse du voyage. Je vous conte en image et en vitesse la première étape aux monastères des Météores.

Location spectaculaire mais fresques macabres au chœur de chaque nef. On y compare les mérites de la machine-à-écrabouiller-à-plat le pénitent par rapport aux bénéfices de la machine-à-écrabouiller-de-profil. Tu mesures bien l’évolution technique du Moyen Age, faut beaucoup moins forcer et visser sur la vis en bois si le patient est de profil ! Stupéfiant !
Là, sur la voute, regardes les patients embrochés, étêtés, empalés ; et sur tous les murs avec enluminures à l’or fin, cadre en électrum (3), piètement en argent massif! Que de contributions pour amasser ces trésors. Faut dire qu’on obtient beaucoup plus avec un sourire et une épée affutée qu’avec un sourire tout seul.
Ce précepte ferait fureur plus tard.
Le moine confit dans son monastère, c’est le même sourire, le même aussi que la miniature bedonnante qu’il y avait à l’église au temps de communion ; tu mets la pièce, la tête bouge. Même sourire pervers d’empaleur compulsif.
Je tressaille tout de même, mon bassinet de non-conformiste à la main, en pensant qu’il m’aurait mal protégé du coup de francisque intégriste. Cette suie qui imprègne les murs par delà les siècles et les siècles pourraient aussi bien être le sang séché des milliers de suppliciés. Brrr…….. Quittons ces lieux lugubres en vitesse. Ma foi, ce devait être leur air conditionné à l’époque ; après la suée de l’ascension sous la canicule, pénétrer dans la chapelle te foutait déjà froid dans le dos ! Va savoir.
Le monothéisme commença par une hécatombe de Dieux pour se vautrer dans une boucherie orgiaques d’humains impénitents et autres pénitents d’ailleurs. Un progrès, le catéchisme?

Vite, renfourches la bécane, Cap vers la Civilisation Antique.

Dans le muséum, nous venions de passer de la vitrine des tritons en terre cuites à celle des miroirs de bronze juste à côté. Ceux là mêmes utilisés par les belles d’alors pour autotester leur séduction, quelques quatre mille ans avant.
La ressemblance est si flagrante entre le triton aquatique et le caméléon tropical, que comme moi, t’aurais eu la même question, et puisque personne n’avait de question pour la guide difforme:
- M’dam, mais le caméléon, quelle couleur prend-il quand il se regarde dans le miroir?
C’est là qu’elle fit trois pas, troublée, soupçonneuse, car au pays des Dieux multiples, on est en plein milieu du territoire du Sphinx et de ses énigmes mortelles.
La guide obèse me jeta un œil inquiet, recula quelques pas de plus comme pour s’éloigner d’un alien qu’aurait enfilé ma peau dépouillée pour passer inaperçu dans cette foule bigarrée des touristes autant incultes qu’essoufflés. Ou bien serais-je un sphinx planquant ses ailes sous son blouson de cuir ?
Une angoisse ténue et sourde s’insinua subrepticement dans la salle qui se vidait.
Trois salles plus tard, le désarroi m’envahit carrément alors que j’attendais patiemment que la palanquée d’excursionnistes monoglotes (1) évacue la salle où je voulais entreprendre Aphrodite immobile du bout de mon objectif.

- C’est quoi Joe ? entendis-je alors que la horde continuait son marathon plus loin en brouhaah enfilant les salles comme ils avalent les saucisses hamburger.
Putain ! Je bougeais plus, je respirais plus. Lentement, je fis un tour, personne. J’étais seul enfin et c’était angoissant. Enfin Aphrodite et moi, seuls.
- Surveilles ton langage Joe, mais dis-moi c’est quoi, la troupe, des philistins ? des barbares ostrogoths ? des Aliens nyctalopes ?

Quelqu’un me parlait à l’intérieur!
Furtivement, un coup d’œil sur la belle dans sa robe transparente, et je vis bien un léger sourire. Mon vieux, tu vois cette sorte d’esquisse de sourire subtilement moqueur au coin des lèvres, ce pli dans les yeux à la fois aguicheur et ingénu que n’importe quelle beauté maitrise d’emblée pour captiver un homme, eh bien il était sur ses lèvres.
Coup de blues.
- Alors Joe, tu es muet?
- Pardon Aphrodite, un peu surpris quand même tu comprends ! Pas tous les jours qu’on cause avec une déesse si belle. Et puis un peu troublé aussi par ton péplos transparent, pour tout t’avouer je phantasmais sur le galbe de ta cui…
- Non, mais dis donc ! Tes bottes de foreur tu me les ranges vite fait ou je boude de suite.
Tu sais comme moi, que c’est un jeu dans lequel elles sont toutes passées maitres, les femmes y tangentent le génie. Il n’y a qu’une option : faire comme elles désirent. Le complexe du truc étant que ce qu’elles souhaitent et ce qu’elles disent sont parfois à l’opposé. Fils, jamais à l’avance ne saura, avait édicté dans un oracle la pythie soucieuse de conserver son monopole sur l’avenir. Là où les filles sont imbattables, c’est que même quand leur bouderie cesse; t’as toujours l’impression d’avoir été maladroit, à côté, bref un couillon. Fortiche le truc.
- Excuse moi, mon égérie, j’admirais comment tombent les plis de ton peplos et le chatoiement qu’ils prennent dans cette brise vespérale.
- Hummm……c’est mieux minauda-t-elle. Alors cette horde là-bas ? Quelle espèce ?
- Des humains de mon temps, Aphrodite, dans des vêtements de mon temps. Dans mon époque, il n’y a plus de temps pour le prendre avec délice.
Elle se refugia dans un silence pensif, et debout, à ses pieds, je me sentais rabougrir au fil des secondes qui s’égrainaient comme d’un sablier géant. Interminables. Si belle après quatre mille ans.
J’essayai bien de rétablir la situation, car c’est pas tous les jours que tu causes avec Aphrodite au fin fond d’un musée Grec ! Une parole de Déesse vaut bien une vie d’homme. Elle était femme assurément, voyons un peu si elle était bien réelle, aucune ne résiste en principe à sa propre curiosité.
- Aphrodite, je voudrais devenir juste à l’instant, là, un rayon de Soleil. Juste un tout petit rayon.
- Hummmm….. ronchonna-t-elle en regardant du coin de l’œil, signe que tout n’était pas perdu.
- Tu es triste ?
- Non Joe, un peu déçue vois-tu, j’étais descendu de l’Olympe pour enseigner la beauté, le désir et l’amour. C’est un labeur pour nous aussi que d’être belle et le rester. Ma jolie jambe que tu n’arrêtes pas de reluquer en douce, ce n’est pas en gloutonnant des cornets de frites et les hectolitres de bières que je l’obtins. Si j’ai pu te séduire à travers l’espace temps, cet un effort perpétuel depuis quatre mille ans, il n’y a pas de magie pour les déesses non plus ! Ton regard aujourd’hui est ma récompense.
- Le plaisir est pour moi, ma princesse.
- Je ne me retrouve pas dans ces femmes qui déambulent leur difformité lipideuse. dit-elle avec tristesse. J’avais dit un peu libidineuse sera, pas beaucoup de lipides aura. J’avais fait graver dans le marbre, en hiéroglyphe, en égyptien et en grec, pourtant.

Il était un peu tard, les autocars étaient repartis en trombe vers les cornets de glace sirupeux et les climatiseurs asthmatiques. On papotait en paix, parfois on restait un moment en silence quand la gardienne quintaux-métriques, attirée par nos murmures secrets qui dérangeaient sa ronde schizophrénique, nous jetait son regard noir oblique.
- Aphrodite tu lui causes parfois à la gardienne ?
- Non Joe, elle ne me voie pas, nous ne voyons pas les choses telles qu’elles sont, mais tel que nous sommes. C’est pour ça que tu me voies telle que je suis et qu’elle croie que je suis de marbre.
Quand les déesses te parle de sagesse, tu prends une leçon d’humilité carabinée mon vieux.
- Mais dis-donc, Joe pourquoi un rayon de Soleil ?
Enfin, même curieuse, elle te fait languir à en mourir ; c’est bien aussi une petite garce, une vraie femme pas de doute.
- Ben quoi, lui il est là, ce rayon depuis dix minutes à te caresser ce petit bout de sein mignon et tu dis rien du tout, je suis jaloux pardi!
- Il te plait tant ? susurra-t-elle en faisant semblant de cacher avec pudeur son aréole attrape cœur.

Je jure que je la vis détourner la tête imperceptiblement, pour cacher ce regard victorieux qu’elle s’efforça de dissimuler, satisfaite de sa séduction infaillible.

******
Voilà mon vieux pour une première étape.
Rigless Joe, foreur subjugué et apprenti hoplite.


Notes de lecture :
(1) Monoglote : Tribu polyglotte du troisième millénaire (AD) ne maitrisant qu’un seul idiome nommée aussi British ou Cowboys.
(2) Syène : l’Assouan des Egyptiens barbares -- ceux actuels quoi. C’est Champollion qui leur montra comment écrivaient leurs propres ancêtres.
(3) L’électrum est un alliage d’or et d’argent natifs utilisé dans l’antiquité.
(4) Comme dit Guitou, la Grèce ça dégraisse, paumé 4 kg en 20 jours autant qu’un séjour superviseur de forage à bord d’un drillship.

Postscriptum :
Tu veux une autre leçon d’humilité mon pote ?
Je te donne un tas de blocs de marbre, autant que nécessaire, une massette de sculpteur, une pointerolle, une marteline, un talot et une poignée de rifloirs. Dix kilomètres de papier émeri, de tous les grains possibles. Et même toute la quincaillerie électrique que tu veux :
 Sculpte le sourire d’Aphrodite refaisant le pli de son peplos, pour que tu croies qu’elle dissimule, mais surtout que tu devine quand même, avec un soupçon de diablesse polissonne au coin de l’œil.
 Tu as l’espace de ta vie d’homme.
Eh bien, dans ce temps là, ils étaient mille et cent. J’en ai vu dans chaque musée, à croire que toutes les femmes étaient filles d’Aphrodite il y a quatre mille. Que les hommes devenaient un peu immortels en les sculptant pour l’éternité.

D’ailleurs, qu’est-ce que tu sais faire qui ébahira un humain dans quatre mille ans?
Qu’est-ce que je sais faire?

Nous sommes à peine des éclats de marbre qu’Aphrodite époussète négligemment en ajustant précisément son péplos, pour jauger scrupuleusement ce petit bout de sein qui paraitra surgir par inadvertance et surtout contre son gré pour te méduser comme la gorgone.





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DALU 36 (Monocoque)
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réponse n°246800

Salut, Joe, et grand merci pour ce magnifique poème en prose, déjanté juste ce qu'il faut. Un regret toutefois, tu n'as pas donné l'adresse du musée, ni les dates des futures descentes d'Aphrodite (je suis sûr que tu ne l'as pas quittée sans lui extorquer ces dernières ...).
Dire que j'ai renoncé à entrer à la Schlum dans les années 60, si j'avais su de quelle divine essence étaient les fréquentations des foreurs, je crois bien que, malgré les bottes ...  j'aurais craqué.
A quand la suite ?

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MERIDIEN
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réponse n°246808

 Merci pour la ballade, Joe. Je suis preneur de la suite!
Jim's

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ABACAXI (15m ALU GARCIA comme un grand Maracuja )
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réponse n°246853

 Merci jean-Luc et Jim's pour vos commentaires 

Apparemment, mes histoires ont pas strop de succes, et donc pour vous la suite ... 
le tour de Grèce deuxième étape 




Rigless Joe et la Gorgone

Pétrifié. J’étais resté hier pétrifié, par les faux plis d’un peplos ondulant dans la brise, un regard pénétrant et quelques mots mélodieux d’une déesse étrangère que j’avais crû de marbre. Après le muséum, au programme la ville de Delphes, et dès potron-minet :
- On va se garer sous ce chêne, mais attend que je béquille avant de descendre de la motocyclette.
- Eau, chapeau, tuto ? OK ! En avant. Je t’emmène fureter ce qu’il te faudra chercher un jour par toi-même, il n’en existe aucun descriptif, aucun mode d’emploi, aucune page Wikipedia. Je ne parle pas de vielles pierres dispersées dans la Grèce antique
Delphes, c’est à mi-pente d’un cirque calcaire impressionnant, la mer qu’on devine a droite de la colline d’en face. Tout en mouillant le chapeau dans l’eau glacée de la fontaine Castalie, je questionne la guide américaine :
- No Sir, i’m Greek, not US citizen lança la gardienne bouffie, en reculant quelques pas.
- Sorry M’am; en guise de pardon.
Aux USA, tout est quantifié, pesé, étiqueté dollars, la beauté doit se mesurer en kilogrammes ou en quintaux. Pour la Grèce, soit on revoit l’orthographe, soit on demande à Aphrodite et ses copines de donner des cours de maintien.
Ou alors, aux US, leur déesse de la beauté est une hippopotame ventripotente. Qui sait, peut etre que leur Dieu un billet verdâtre.
Je venais en Grèce, voir d’où je venais en marchant dans les pas des géants, et surtout savoir vers où aller, pas analyser la décadence d’une horde vomie d’un autocar auto climatisé, célèbre pour leurs ancêtres génocidaires. Imagine que le général Custer ait disposé du canon GAU-4 : 1400 obus par minute ! Plus d’indiens, plus de mexicains, plus de chinois, plus de vietnamiens, , plus …….plus rien. Que des américains. Mauvais temps pour les hoplites bardés d’airain.

Ouf la seule machine capable de remonter le temps dans le coin, ma Harley Davidson customisé Rigless, garée en dessous, à l’ombre du chêne vert. A deux pas des fontaines magiques, que….
- Tsssss !!! tsssss…..
- Marrant ce bruit, ça doit venir de la source ! Bizarre aussi que la fontaine soit située plus bas que la ville, tu ne trouves pas ?
Quelques cigales commencent à battre la mesure dans l’aube déjà tiède, le Soleil les yeux rouge bouffis commence à se pointer au dessus la colline. En grimpant les marches usées vers le temple de la cité, on trouve Aphrodite immobile, muette. Décontenancée par le peu de respect de ces barbares qui se ruent dans la cité au pas de course. Depuis longtemps, les gens viennent du bout du monde connu, à pied, à cheval, en voilier, évidemment tout le monde prend la pose à côté d’Aphrodite, et lui demande le bon chemin pour trouver la Pythie (1). Prendre la pose a de la consistance, le sens profond du temps que l’on consacre à une déesse, une fée, une femme. Il faut quelques heures à l’artiste assis sur ce rocher rond ci, juste sous cet olivier, pour te croquer en compagnie d’une déesse. On ne perd pas son temps en mitraillant un million de photos d’une milliseconde, on sait prendre mille secondes pour trois traits de crayon. Je te raconte même pas, si tu veux repartir avec une lithographie.
- Bonjour Joe, chuchota Aphrodite, j’ai parlé à la Pythie, dans la nef du temple d’Apollon mais je n’ai pas trouvé les prêtres qui pourraient traduire ses oracles, tu sais, elle a son caractère, tu l’as trouveras après le nombril du monde, avant le temple Athénien sur ta gauche.
Que la Pythie ait son caractère, rien d’étonnant, c’est une femme après tout.
- Tsssss….tsssss ????
- Aphrodite, as-tu entendu?
- Joe, je n’ai pas l’habitude de me retourner sur les sifflements vulgaires de supporters avinés ; et si tu crois ça de moi, tu me déçois. Beaucoup ! eh bien je boude, na! Bon courage avec la Pythie.
Elle se retourna et se mura dans un silence de marbre, une femme quoi !

Bref je suis mal, le soleil commence à écraser le chapeau déjà cuit, toutes les places à l’ombre sont occupées par des gardiens graisseux assoupis, et une sorte de serpent me poursuit invisible depuis la source en bas. Me pourchasse ?
Je suis même très mal, car la Pythie est remontée à cause du retard, des prêtres absents, du serpent en vadrouille échappé de la tète de la Gorgone (3). As-tu déjà entendu parler d’un homme qui saurait négocier avec une femme remontée. Depuis la nuit des temps ? Non, eh ouais y’en n’a pas. C’est pas papa Jéhovah qui va pouvoir m’aider ; Zeus au moins connaissait quelques femmes, mais le Dieu père, il a pris la Marie à peine pubère une fois dans son sommeil ; ça l’a même pas réveillée !
Je suis même très très mal : Aphrodite assaillie par une fournée d’excursionnistes rougeauds et entartés à la crème antisolaire, boude carrément.
J’aurais dû peut-être faire………et elle me jette ce regard noir, en biais tu sais…le parafe irrévocable de ton insuffisance.
- Tsssss….tsssss,…. là je rêve plus ! Tu as entendu aussi hein !
Aphrodite n’a plus une minute elle est assaillie par une fournée de randonneurs et faut pas trainer, une Pythie en colère ne donne que des oracles assassins.

Je trouvai la Pythie près de l’entrée d’un petit tunnel obscur sous le temple d’Apollon. Elle me fixa dans les yeux, et jeta un coup d’œil à la belle Aphrodite en contrebas submergée par une nuée de fans cliquetant et caquetants :
- Hum je vois….et dans un imperceptible murmure elle continua :
- Joe Rigless ….. L’avenir, on ne doit pas le prévoir, mais le permettre !

Elle nous jeta un dernier un coup d’œil et disparu dans le sombre labyrinthe dans les profondeurs du temple. Sur le coup j’ai pas tout compris, dès mon retour en 2014 AD, je répandrai cette sagesse en essayant d’obtenir une attitude.

Thé-time pour les envahisseurs, le soleil diminuait rapidement, le grondement du troupeau s’éloignait enfin, le site antique avait quasiment fini de vomir des hordes d’excursionnistes pansus se ruant sur de nombreux futs de bières.

- Enfin tranquille !

Le barman en lançant ce clin d’œil vers Aphrodite qui se tenait tranquille au coin du temple, coup d’œil explicite :
- Carrément sexy la demoiselle,
- Oui surtout de dos dans sa robe transparente dans le contre jour…
Il me passa son dernier pot de yaourt grec glacé et sa « dernière » petite cuillère. Un pot et la dernière petite cuillère. On s’était compris, une seule pour forcer un peu la belle à un début d’intimité, partager avec une princesse, merci l’ami. Et il ferma boutique.
En silence, nous restions assis sur le marbre qui exhale paisiblement la chaleur accumulée de la journée. Nous contemplions le coucher du Soleil rougir par delà la colline.
- Merveilleux ! je chuchote doucement vers la belle rêveuse immobile.
- Hummmmm……, tu vois Joe, commence-t-elle, si la colline était légèrement plus à gauche, on attendrait la perfection.
- …. ???

Pas de pelleteuse, pas de scraper, pas de heavylift transpoteur, pas même une pioche ou une pelle, que dalle aux alentours après un bref coup d’œil circulaire. Le pauvre Rigless Joe, aussi vaillant qu’Héraclès mais sans le moindre outil, se tirebouchonne vite la cervelle, avec une seule envie : Satisfaire sa belle !
Elle regarde avec son petit sourire moqueur au pli des lèvres, et le Joe, comme un con, là avec sa petite cuillère à la main!
- OK, on va voir ce qu’on va voir !

Et là le Joe, avec une volonté inexpugnable, un acharnement inflexible, une endurance sans bornes, à coups de petites cuillères, de courses infatigables, déplace la colline de là, à droite, sur la gauche comme il faut.
Extenué, les doigts en sang, la sueur le sable et le sang collés sur son visage épuisé, le bras écorchés, les jambes égratignées comme s’il avait traversé dix kilomètres de roncier en short, les pieds en marmelade de cerises et la bouche en feu, Joe se désaltère enfin, au pied de la belle, heureux qu’enfin la colline soit à la bonne place. Il avale des goulées d’eau glacée qui entrainent les kilos de poussières au fond de son estomac. Oui tu peux quand même pas recracher de la boue, si tu veux séduire une déesse. Le Rigless, au fond il est fier comme un vainqueur de Salamine (2), et Ouais elle avait raison, la colline elle est bien mieux à gauche. Mon pot’, avant qu’un autre type soit capable de bouger une colline à la petite cuillère pour les yeux de sa belle ….. :
- Hummmm………………..
Joe le cœur au bord de l’explosion, est pendu à ses lèvres,…
- Mais par tous les Dieux, Joe; pourquoi tu as tordu la petite cuillère ?
- ………………………………..
Le parafe irrévocable de ton insuffisance, c’est ça. Une histoire de pouvoir et de vouloir, mon ami.
La gonzesse, là ; d’une seule main, tu peux la réduire en une poignée de sable, et tu le veux même pas. Ta chérie, en six mots elle peut t’exploser le cœur en millions de morceaux. La différence ? Elle peut, elle veut et elle le fait.

Quand les femmes t’ont complètement tourneboulé, qu’il n’y a plus d’issue viable, aucune, attendre que l’orage passe, et trouver un petit caniveau à l’abri des giboulées

Justement en inspectant à l’entour, deux rigoles de calcaire gisent à peine dégagée. Celui même pour conduire l’eau fraiche, goulotte échappatoire. Tu m’as compris, je m’échappais vers le haut en remontant vers la source antique. Quand tu comprends plus rien aux humains, et avec les princesses faut pas chercher bien loin, tu fais de la technique, de la tuyauterie, bref du forage.
Les tuyaux, c’est pas compliqué.
- Regardes on peut encore voir le mortier qui faisait l’étanchéité finale.
- Tssssss, Tssssss, ……….the serpent était toujours après moi.
- Remontons en vitesse pour localiser la source antique. Les serpents ne sont pas bons en côte !
En remontant péniblement la piste empierrée, le flot de touristes avait quasiment cessé, le pentu agit comme une écumoire, plus c’est pentu moins y’a de nouilles qui passent! (4)
Le calme, la paix enfin, les derniers touristes s’égayaient loin en bas de la ville, leur bruit déjà couvert par le murmures de la brise du soir. Joe a quelques centaines de mètres du stadium perché au pied de la falaise.
Arrêtons-nous sous l’amandier, laissons la paix pénétrer le décor, traversons la porte invisible :
- Hop, nous sommes en -800 avant JC . Sentiment bizarre n’est-ce-pas ? tu ressens ?

La paix s’était insinuée, occupant lentement les alentours, la paix est une femme timide, pas de trouble, pas de combat, pas de vulgarité ou elle s’évanouit à l’instant. Moments de silence, même les cigales ont réduit leur cliquetis d’horloge à un chuchotement de sablier afin de savourer lentement ces instants magiques.

- He, tu entends ?
- Quoi, le serpent encore ????
- Non, l’eau qui court quelque part tout prêt, écoute à droite de ce côté !!

Je quittai l’ombre de l’amandier et farfouillant sous les ronciers sauvages, trouvai finalement l’eau courante cachée qui coulait de la falaise et clairement quelques pierres de la fontaine authentique envahies par les mauvaises herbes et les arbustes rabougris. Recroquevillés, bizarrement assoiffés à deux pas de la source. Ces Grecs modernes, des barbares, avaient capturé la source antique dans un vulgaire tube acier de trois pouces qui descendait, moitié enfoui, vers la fontaine à touriste au bas de la cité millénaire.
Je suivais les restes de ces caniveaux de pierre avec l’œil du superb’intendant d’y a moins deux mille huit cent, en charge de réparer la cité un peu trop secouée par Poséidon (5).
Comment remplacer la goulotte brisée sans déplacer toutes les autres, il me faudra aussi la recette du mortier antique qu’on trouvera encore dans plus de trois mille ans, et organiser la logistique entre les quais d’Argos et le haut de Delphes, et aussi….
- Non mais regardes moi, ces gardiens avachis, inertes, sans dessein…on pourrait les prendre pour réparer les rigoles depuis le haut, les longue-durées à la corvée contre indemnité, direct à la carrière. Tailleur de pierre c’est noble, tu bâtis pour dix mille ans.
Je continuais longtemps l’inspection du caniveau vers le bas de la ville, j’avais pas remarqué Aphrodite tout près maintenant, son indéfinissable sourire sur ses lèvres attirantes, elle tenait quelque chose dans sa main :

- Joe, pour me séduire tu n’as pas besoin de reconstruire le monde tu sais et ..

Je sursautai, le cœur emballé, jetai un coup d’œil à ses yeux, à sa main qui agrippait le serp…Pétrifié à l’instant. Ensuite le noir.

Aujourd’hui je ne sais pas quels yeux me frappèrent en premier ; le regard mortel du serpent de la Gorgone, ou celui de la beauté éternelle aux yeux si souriants.

Ton copain Rigless Joe

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VOYAGE 12.50
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réponse n°246873

Hé bah moi j’ai apprécié, même beaucoup… probablement les mêmes coups de cœur… Cependant au sujet du Postscriptum :

Tu veux une autre leçon d’humilité mon pote ?
  • Je te donne un tas de blocs de marbre, autant que nécessaire, une massette de sculpteur, une pointerolle, une marteline, un talot et une poignée de rifloirs. Dix kilomètres de papier émeri, de tous les grains possibles. Et même toute la quincaillerie électrique que tu veux :
  • Sculpte le sourire d’Aphrodite refaisant le pli de son peplos, pour que tu croies qu’elle dissimule, mais surtout que tu devines quand même, avec un soupçon de diablesse polissonne au coin de l’œil.
  • Tu as l’espace de ta vie d’homme.
Eh bien, dans ce temps-là, ils étaient mille et cent. J’en ai vu dans chaque musée, à croire que toutes les femmes étaient filles d’Aphrodite il y a quatre mille. Que les hommes devenaient un peu immortels en les sculptant pour l’éternité.

Il y en une qui a poncé, poncé et poncé encore, certainement des dizaines de km de papier émeri…. C’est l’Aphrodite de Milo (improprement nommée Vénus)… et t’as vu mon pote ce qu’il en est advenu…. Les bras lui en sont tombés…
 

Michel à Palionisos (cadeau les deux photo jointes)

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ABACAXI (15m ALU GARCIA comme un grand Maracuja )
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réponse n°246879

 Michel , merci beaucoup.
pas mal, j'essairai de broder ton  image dans une autre histoire 
Je suis régulièrement tes  aventures, et tu comprends que je n'ai pu faire un détour vers ton bateau......  ça fait du bien, quand on est dans une tour à Luanda!!!

je mettrai le troisième épisde; et mettrai quqelques photos avec quelques commentaires rigolos; ou mettre tout ça dans un dossier voyage; mais là j'ai pas beuacoup de temps..
Bon vent 

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MERIDIEN
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réponse n°246973

 Joe, je suis partant pour le troisième épisode. Je partage ces lieux et en profite pour voyager dans mes souvenirs. Merci encore, Jim's

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ABACAXI (15m ALU GARCIA comme un grand Maracuja )
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réponse n°247104

 Rigless Joe de Grèce à Luanda

Putain de Choc!
Je sursautai sur la selle, la bécane en guidonnage mortel ; les pneus crachant un nuage de fumée acre en traçant une trainée noire brulante sur la chaussée, le moteur hurlant sous le sélecteur, le grand choc final de la vie, je paumai le contrôle
- Putain ! putain ! putain….je suis fait ce coup ci…. je passe dans le ravinnnnn….. Bye bye monde merveilleux.

Le soleil pointait juste au-dessus de la mer, dans l’aube rougissante, je roulais auparavant confiant, heureux des rencontres de ces derniers jours. Pourtant je me demandais encore si’ j’avais été pétrifié par une déesse de marbre ou une passante inconnue. Frisquet à cette heure matinale, j’avais quitté l’hôtel vers notre prochaine étape : Athènes la grande cité, inventrice de la Démocratie !
Depuis quelques heures, paisible, seul dans les montagnes, je roulais paisiblement dans cette aube dominicale, bercé par le tambour régulier de ma Harley décidemment magique, rythmé par les road trip songs de l’ami Johnny Cash. Courbes après courbes, virages après virages, les champs d’oliviers succédant aux orangeraies, je croisais de taches d’ombres en accrocs de lumière sur l’asphalte irrégulier. Sous l’abri des frondaisons, les arbres encore humides comme si la nuit regrettait de partir. Frisquet comme lorsque ta chérie, fraiche, aguicheuse et nature, revient d’un douche rapide après une nuit torride et saute dans le lit, toute humide et polissonne :
- Debout matelot, temps de partir !! Frissons garantis.

J’en étais là dans mes rêves qui déroulaient au fil des kilomètres, en recherchant les taches de soleil afin de récupérer un peu de tiédeur quand le choc arriva ! Je ne sais toujours pas comment on n’a pas terminé dans le canyon en bas, lorsque la roue arrière se mit à cracher les gravillons de la bordure instable direct dans le précipice tout en bas. Quelqu’un venait de m’agripper par la ceinture et glisser une main sous mon écharpe de soie autour du cou.
- Joe, je t’ai déjà dit, si tu continues à jurer comme un Superb’intendant, je pars illico !
- Désolé, princesse, mais tu ne peux pas faire ça pendant que je pilote, tu comprends….. je perds le contrôle, on aurait pu….
- Hummmmm, chuchota-t-elle comme une féline gourmande qui ronronne….
Nous venions juste de quitter la route encore humide pour entamer une longue section de collines arides qui déjà exhalait les dernières gouttes de rosée.
- Je ne peux pas faire quoi ?... ça ?
Et doucement maintenant, elle enroula ses bras autour de ma taille, blottit son visage au creux de mon épaule comme font les enfants cherchant chaleur et protection.
Le chaud et froid mon vieux, les frissons, l’orage électrique !
- Hey, chère Aphrodite, tu ne peux pas faire ça, sur une moto, sans casque, sans bottes ; sans et cetera…Et ta robe flottant dans le vent si suggestive … tiens regardes, le berger sur la gauche, il vient d’en avaler sa pipe….
Dans le rétro, je vis le pauvre gars halluciné, perdre sa casquette et tousser comme en diable en essayant de recracher sa bouffarde de bruyère, le regard fasciné sur le petit derrière de ma soudaine passagère.
- Princesse ; t’as presque tué le bonhomme ! et je dois reconnaitre que tes hanches, tes cui..
- S’il te plait, Joe, un peu de retenue!!!
On comprendra jamais pourquoi, une fille voulant charmer un gars a besoin de séduire et titiller le reste de la planète. Une solution de rechange ? Tester sa séduction pour capturer sa proie ? Vérifier son adresse au lancer d’accroche cœur ?....
- Joe, je suis une déesse, j’ai des frissons quand je veux, mon cœur palpite quand je décide, et je choisis le pilote que je veux, et je jure que tu n’y peux rien du tout !
- Aphrodite… ce n’est pas tellement fair-play, tu trouves pas ?
- C’est la vie Joe. Si tu ne veux pas que les femmes décident de ta vie, fais comme les Sarrazins, jette une bâche sur mon corps, sur mon visage et mets moi en esclavage entre deux gardes du corps. Mais alors ne t’attends pas à retrouver une amoureuse polissonne entre tes draps.
Joe le marin n’arrête pas de la dire : avec ma princesse, j’ai toujours le dernier mot : oui chérie !

Au bout du compte il y avait une jolie jeune femme roulant pour un moment avec un endurci superb’motard, rejouant le conte de la belle et la bête, une beauté inaccessible avec un cœur bien à l’ abri dans son fortin de marbre. Elle ne vieillissait plus cette beauté souriante comme si les femmes se passaient entre elles les secrets par delà les générations et connaissaient à l’avance le cœur des hommes, et que nous autres ; n’ayons qu’à repartir de zéro à chaque fois.

- Arrêtons-nous ici, il fait chaud !
- Non, non, mon cher Joe, je garde les bras autour de toi, si tu gardes les mains sur le guidon !
- Je suis damné !
- Qu’est que tu dis ???
- Je disais je suis damné, je viens d’avaler un moustique suicidaire !
- Hummmmm….

Finalement, après avoir ralenti aussi longtemps possible afin que durent ces instants magiques, nous approchions quand même de la Grande cité. Le coup de la panne, prétextant un réservoir presque vide, il faillait refaire le plein de la Harley, elle ne voyait pas la jauge de toute manière, alors un tout petit mensonge juste pour une tentative d’agripper la beauté près de la pompe à essence, car parfois la stupide action est effacée par la bonne intention. J’aurais du me méfier, on ne plaisante pas avec les déesses. Ce fut une grosse bourde, la connerie magistrale ! Juste un coup d’œil sur ses lèvres pulpeuses, elle souriait avec une touche de moquerie au coin des yeux et pfffttt…., le Joe pas-si-malin, effacé encore un coup !
Total Black out. Bye bye Joe.

Beaucoup plus tard, je ne peux pas te dire, alors que j’émergeais lentement d’un profond nulle part, j’entendais les cigales striduler comme une sonnerie bien connue, je devais avoir dormi trop près des amandiers près de la source de Delphes, un bruit agaçant comme si elles cliquetaient à l’intérieur de mon crâ….…
- Hey, Rigless Joe, prends ton téléphone !!! Log-machin pour toi…

Retour à la réalité, mon vieux. Retour à l’école des frustrations.
A TEPA, on a une armée d’ombres immuables, immobiles au cas où quelque chose irait de travers et donc évidemment tout va de travers. Pourtant la seule façon d’avancer, de faire avancer, c’est un pas à la fois, une direction à prendre et le désir d’y aller. Rappelles toi, notre maître Socrate, nul vent n’est favorable à celui qui ne sait pas où il va. Vers l’objectif, il y a beaucoup de chemins, beaucoup de pistes, beaucoup de routes. Bien sûr, rester conscient que même si tu sais où aller, parfois t’arrives ailleurs. T’as tout compris mon pot’, Ulysse d’Ithaque, c’est pas qu’un mythe, comme la logistique TEPA. C’était justement la raison de cette sonnerie impérative. Ici, les bateaux arrivent parfois ailleurs, le mien arrivait nulle part, car même pas parti ! Ça c’est la réalité quotidienne, le monde réel.
Par-dessus ces absurdités tautologiques ; aujourd’hui nous avons le 5-étoiles général Safety qui outrepasse et règle nos priorités ;
Ecoutes le toolpoush d’alors !
- Hé Joe, qu’esse tu fous là ? tu prévois de sodomiser les diptères ?
J’étais jeune et je m’habitais à la ponctuation verbale du forage.
- Chef, je suis fire-watcher, Chef !
- Bouge ton cul, ILLICO ! Après ton poste, tu viens dans le bureau pour un putaing de varning !!
- Chef, Oui, Chef !
J’aurais droit au nettoyage des rigoles, ou bien au recopiage de trois jours d’IADC au propre avec les carbones, ou bien les deux. Après le poste, bien sur. Pour les heures sup après 12 heures, même le mot n’existait pas! Le dernier qu’avait proposé ce non-sens improbable avait glissé dans le bourbier, disparu. D’aucuns ont juré en signant le papier sous l’œil inquiétant du Toolpusher, qu’ils le virent quitter la sonde en courant. Moi j’étais au fond des bacs, j’ai juste entendu gueuler.

Aujourd’hui :

- Hé, Jorge, qu’est que tu fais là, tu veux attirer la sorcière Safety, commandant en chef en personne sur mon rig ou quoi ?
- Mec, je répare la meuleuse pendant que je fais le piquet incendie!
- Tu bouges plus un doigt ! Et après le poste tu viens pour un verbal warning !
- Ouais mec !
Le type se prendra un Stop-card propret dont il n’a rien à foutre, vu que si le Toolpusher gueule, il passe en syndicat !

C’est l’évolution du forage ou l’involution de l’humanité ? Beaucoup de leçons là…
- Joe, quand les jeunes ne respectent plus les maîtres, c’est le point de départ de l’anarchie rampante, souffla tout d’un coup mon vieux pédagogue.
- Socrate, arrêtez de me faire sursauter comme ça ! Combien êtes-vous à être passé à travers le miroir ?

Je pensais les avoir tous laissés de l’autre côté, près de la cité, avec ma moto inclinée sur sa béquille, toujours à la pompe à essence, 30 km avant Athènes, en compagnie de la Déesse Aphrodite, quelques hoplites bardés d’airain et une poignée de barbares obèses. J’espère que le pompiste a relâché la gâchette du pistolet, vu qu’en Grèce les automates n’avaient pas encore sévi. La dernière fois que je le vis, juste avant le saut, le pauvre type congestionné était immobile, fasciné par la silhouette d’Aphrodite en contre-jour, sa robe légère faseyant doucement sous la caresse de la brise matinale.

- Merci quand même Maitre!
- Pas de problème Joe ! mais dis-moi cet officier de haut rang là, le général Safety-machin, il a combien de phalanges d’hoplites en armures de bronze ?
- Aucune, maitre, aucune, mais il a réussi à foutre un frère firewatcher dans la tête de chacun !
- ça doit être un sacré bonhomme pour cacher les priorités dans l’âme des gens!
- Oui, maître, un sacré Big Brother !

Le maitre secoua la tête en silence, je pouvais suivre ses questionnements, mais comment par tous les Dieux, sa sagesse n’avait-elle pas pu traverser quelques petits siècles. Je n’étais pas très fier, malgré ma Harley magique.
- Mais toi, fils, comment tu t’arranges avec ces tout-petits riens ?
- Je maitrise nada, Maitre. Je poursuis avec obstination mon chemin à travers ce musée de fantômes immobiles, en essayant de suivre ce motto d’un ancien maitre : Qui vit sans folie, n’est pas si sage qu’on croit !
- Hé, Joe celle-ci est de moi aussi.
- Désolé Maitre !
Je m’en doutais un peu, et bien-sûr il le savait déjà, il avait eu pas mal de copistes à travers ces millénaires, car certaines sagesses sont intemporelles, stables comme des constantes universelles pour l’âme humaine, par delà le temps, par delà les hommes ! Hélas, elles ne voyagent pas bien en Harley Davidson.

- C’est pas grave fils ; le plus important c’est que t’ensemences cette idée ; m’est avis qu’il te faudra travailler dur, cheminer longtemps, et labourer beaucoup. Tes priorités doivent être ton compas, il te faudra vaincre beaucoup d’obstacles en apparence insurmontables, lutter sans cesse contre les dépressifs atrabilaires, les feignants compulsifs et surtout combattre des dragons aussi impitoyables que mortifères parce ce que sont, au fond de toi, tes propres peurs ! Bonne chance fiston !

Le vieux maitre disparut en glissant sans un bruit, et me laissa en plan, avec le chant de quelques cigal..…
- Joe, mais Put… de Dieu, prends ton téléphone !!!!!
Ouais, y’avait du boulot !

Ton copain Rigless Joe.

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OVNI 445
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merci infiniment pour ces pages qui font réver et réfléchir.
François sur Cybèle 17 à Fehmarn

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MERIDIEN
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 Belle ballade, Joe. J'étais content de l'avoir suivie et t'en remercie. J'espère que tu arriveras vite à la fin de la liste pour ton canot et que tu reprendras de belles navigations. Jim's

Le site de la Grande Croisière...