Traversée Canaries- Cap Vert
C’est très tendus que nous sommes partis de La Gomera pour une traversée de 7 jours environ, la plus longue que l’on ait jamais effectuée. Les deux dernières traversées s’étant mal passées, nous redoutions le pire.
Le voyage a débuté tranquillement, au moteur. Il fallait que nous avancions pour devancer la dépression annoncée plus au nord. L’Actéon et son équipage Mickaël, Sandrine et leurs enfants Chloé et Victor, étaient à portée de vue et de VHF.
Les aventures ont commencé dès la première nuit ! J’étais de quart dans le cockpit et Guillaume se reposait dans la cabine tribord, lorsqu’il a senti quelque chose sur sa jambe… un énorme cafard !! Notre premier dans le bateau ! La chasse au cafard a alors commencé, dans une ambiance survoltée. Guillaume l’a attrapé dans un verre, puis a fait glisser une feuille de carton fin dessous avant de le rejeter à la mer. Il était important de ne pas l’écraser pour ne pas répandre les œufs de cette bestiole hermaphrodite. Mais un cafard peut en cacher un autre, voire des dizaines d’autres… nous avons alors scruté la cabine et installé des pièges à cafards dans tout le bateau. L’épisode ne s’est heureusement pas reproduit… Je touche du bois !
La mer est restée calme et le vent est progressivement monté, d’abord au près débridé puis au travers et enfin au portant en fin de traversée. Aucun signe de mal de mer… probablement du au fait que nous n’avions posé le pied à terre qu’une journée. Nous étions bien amarinés. Nous avons découvert les plaisirs d’une traversée sereine et nous avons peu à peu adopté une petite routine. Nous faisions des quarts de 3h, débutant à 21h et se terminant vers 8h, nous avons croisé assez peu de bateaux comparé aux navigations au large du Portugal et entre les iles canariennes. Puis réveil toujours un peu groggy et petit déjeuner en musique pour se mettre la pêche ! Sport pour moi, parce qu’on se rouille très vite et parce que ça occupe, puis « douche ». L’eau est sensiblement devenue plus chaude à mesure que l’on descendait vers le sud pour notre grand bonheur. Ensuite lecture, écoute de podcasts, cuisine (pain, brownies, etc…), sieste. Le soir nous regardions 1 ou 2 épisodes de Big Bang Theory à la tombée du jour, toujours dans le cockpit pour garder un œil sur la mer. C’est quand même un kiff suprême de regarder une série sous les étoiles pendant que le bateau avance tout seul !
Mais le grand bonheur de cette traversée a été de naviguer en duo. Nous nous appelions 3 fois par jour à la VHF pour prendre des nouvelles des équipages et échanger sur les stratégies de navigation. Nous nous connaissions à peine et pourtant c’était un réel soulagement de savoir qu’on n’était pas seuls. Nous n’avons pas mis longtemps avant de lancer un concours de pêche. Le premier qui attrapait un poisson avait gagné. Mickaël a eu une touche au troisième jour mais le poisson était tellement gros qu’il a cassé la canne et le câble d’acier ! Nous avons fini par prendre un thon de 75cm, suivis de près par L’Actéon qui a pris une daurade coryphène. En toute modestie nous avions chacun choisi notre chanson de victoire à envoyer à la VHF ! Un matin, nous nous sommes approchés très près de l’Actéon et nous avons même pu nous parler de vive voix !
Pendant cette traversée nous avons également vu énormément de poissons volants et de dauphins. Ils venaient jouer à l’étrave pendant parfois une heure ! Ce spectacle était presque quotidien et pourtant toujours aussi incroyable.
Nous avons perdu le signal de L’Actéon le dernier jour, notre bateau ayant un tangon, nous avancions un peu plus vite. Nous avons pu arriver avant la nuit dans le canal entre Sao Vicente et Santo Antao, qui a tenu ses promesses en terme d’accélération de vent et de houle. Le bateau gitait alors que nous avions affalé toutes les voiles, par simple effet du vent sur la coque et le mât ! Nous avons mouillé à 18h dans la baie de Mindelo par un fort vent de Nord Est.
Pour se féliciter de cette traversée, nous avons dégusté une fondue savoyarde que Maman nous avait apportée lors de son séjour à Tenerife, avec du pain fait maison… enfin « fait bateau »… le tout en maillots de bain !
L’Actéon est arrivé à 23h, heureux et fatigués. Le lendemain soir, autour d’un apéro, nous avons pu échanger nos très bonnes impressions sur la navigation en duo, on peut même dire maintenant entre très bons copains !
AC
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